
Histoire des Arts (du français moderne : réformons-sans-trop-savoir-comment) : épreuve du brevet, créée, comme bien souvent, dans la précipitation et qui se métamorphose à chaque changement de gouvernement. L’Histoire des Arts est l’un de ces domaines que personne ne sait trop comment aborder, qui peut changer totalement de collège en collège, et dont je m’étonne chaque année qu’elle survive à la frénésie de réformes dont est friand le Ministère de l’Éducation Nationale.
C’est une épreuve que j’aime beaucoup.
Parce que, justement, elle est un espace de liberté, on peut se montrer exigeant ou indulgent, et elle permet souvent d’ouvrir pas mal de porte.
A moi, égoïstement, elle permet de raconter des histoires.
J’ai pu faire voyager, il y a pas mal de temps, les élèves à travers les couloirs et les sarcasmes de Portal 2. J’ai dû m’intéresser à l’art équestre dans la peinture, rapport à une élève qui tenait absolument à rédiger un dossier dessus. J’ai vu et revu Les fils de l’homme pour en analyser chaque plan en détail.
Et, cette année comme les deux précédentes, je raconte Œdipe explique l’énigme du sphinx.
C’est un cours que je fais un peu en cachette, parce que niveau pédagogie et activité des élèves, ça me vaudrait de grosses tapes sur les doigts, mais c’est sans doute mon cours le plus calme de l’année.
Le vendredi soir, quand c’est possible. Le tableau est projeté en immense sur le vidéoprojecteur et, bien sûr, les troisièmes vont glousser devant ce type tout nu à l’air inspiré.
Et alors je raconte. Je tisse des mots.
La vie d’Ingres. Le néo-classicisme. L’anatomie. Et bien entendu, l’histoire des Labdacides. “On y revient, monsieur, c’est un peu des potes, en fait, maintenant !”
L’homme et le sphinx, dans leur danse à travers l’Art et l’Histoire. D’Eschyle à Paprika.
Dans une autre vie, je jouais et je racontais des histoires. Dans cette épreuve mutilée, je retrouve un peu de ce passé, et me réconcilie avec lui, quand, dans la douce torpeur de l’après-midi, vingt-six élèves voyagent dans un tableau.
