Mercredi 10 avril

Hier soir, discussion avec L. L. enseigne actuellement – et pour quelques années encore – aux États-Unis. C’est aussi l’une des personnes les plus sociables qu’il m’ait été donné de rencontrer.

Il m’explique entre autres que dire “non” à un élève dans le contexte de l’apprentissage, est là-bas aux limites de la proscription. Toujours partir d’eux, construire à partir de ce qu’ils savent.
Il y aurait beaucoup à dire sur cette façon de voir l’éducation. Mais je réfléchis plus particulièrement au sens du “non”, que, comme tout enseignant, j’assène parfois à mes élèves.

Je ne pense en aucun cas qu’il soit néfaste. Mais, comme l’intégralité des outils du prof, il est à manipuler avec précautions. Je prends les interactions entre les élèves et moi-même comme un match d’impro, ou une session de judo. Toujours partir de leur impulsion à eux pour construire quelque chose. Et comme en impro ou en randori, il arrive que tout se passe comme je l’avais prévu, ou que je sois obligé de changer mon intention initiale.

Y compris en disant non. Sans en abuser, sans le dramatiser. Un non est un indicateur. Il y a la notion sur laquelle nous réfléchissons, il y a tous ces espaces de libertés, et il y a le hors-piste complet. Où nous n’avons pas la possibilité, pour tout un tas de raisons, de nous aventurer.

J’ai mis beaucoup de temps à le maîtriser, ce non. Au départ, j’en abusais. Terrifié à l’idée de perdre le contrôle, le fil de mon cours, et de me faire dévorer tout cru par les hordes d’adolescents. Puis, j’ai tenté de le bannir, ce qui était tout aussi orgueilleux de ma part que néfaste pour eux. Dussé-je passer pour un dinosaure, j’estime nécessaire, juste et honnête de baliser les connaissances que nous abordons au fil des heures. Quitte à rouvrir des débats par la suite, quitte à venir trouver celui qui s’évade loin de ce que nous étudions pour lui proposer, par la suite, d’explorer avec lui le terrain qui l’intéresse. Mais pas tout de suite.

Le “non”, dans l’apprentissage est l’un des étais nécessaires. Celui qui apporte la rectitude, corolaire de la liberté de se poser toutes les questions possibles. Et savoir placer ce “non” au bon moment permet de faire avancer les mômes à une vitesse hallucinante.

Encore faut-il savoir le maîtriser. Et j’avoue ne pas y parvenir à chaque fois. C’est un équilibre délicat, qui ne supporte par l’à peu près ou la fatigue. Un non ne s’emploie jamais à la légère.

Donner, et recevoir le non, c’est l’apprentissage de la précision. Il y a une beauté là-dedans.

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