
Ce que j’aime et que je redoute dans ce boulot, c’est que je m’y sens toujours débutant ; à parfois en oublier des réflexes transmis par des collègues, des essentiels qui aident énormément.
Petit à petit, comme c’est souvent le cas en cours d’année, je m’étais laissé débordé par une classe, la quatrième Alakhazam. Pas celle sur laquelle j’aurais parié : c’est peut-être pour ça que c’est arrivé. Depuis quelques jours, c’était papotages quasi-permanents, et quelques gamins dans le refus complet de bosser et la contestation permanente. Je criais beaucoup, pour pas grand-chose, et mes cours commençaient à ressembler à du caca.
Et j’ai ressenti, hier soir, au creux du ventre, ce début de sensation familière, celle que je me suis trimballé, trois ans durant, vingt-quatre heures sur vingt-quatre : celle de la boule au ventre.
Et donc, j’ai agi. En revenant aux bases.
Un : respirer. Profondément. Et se souvenir que même une classe pénible – je n’en n’étais encore qu’au stade du “pénible” – n’est pas une avant-garde des légions infernales. Juste quelques mômes qui, pour des raisons variées, me gonflent. C’est à partir de ce genre de constat qu’on peut agir un peu plus sereinement.
Deux : Faire redescendre le volume sonore ; à commencer par le mien. C’est dingue comme, malgré l’inefficacité totale de mes cris, j’ai tendance à y revenir. Au moins, c’est un signal d’alarme efficace. Ce son désagréable produit par mes cordes vocales indique qu’il y a un souci. Du coup, s’il faut sanctionner, appeler les parents, prévenir le CPE, le prof principal. Mais. Ne. Pas. Crier.
Trois : Le plan de classe carré. Parce qu’arrêter de crier sur le chaos indéterminé de “la classe” permet aussi de se rendre compte que, souvent, les élèves les plus pénibles sont peu. Et que cette merveilleuse invention que sont les coins permettent de les isoler le temps qu’ils se calment, sans utiliser comme tampons des mômes qui n’ont rien demandé. (Par contre, tu bouges tout le monde, histoire d’éviter les brâmements “Injustiiiiiiiice” !)
Quatre : Retrouver l’envie de leur faire des cours sur lesquels je me défonce. Histoire, une fois la classe remise à peu près en ordre, de leur rappeler pourquoi on est là, et pourquoi ça a fonctionné durant deux trimestres : parce que le français, c’est chouette. Et qu’on est là pour ça avant tout.
Dix ans de boîte, et, pourtant, une fois par an au moins, je dois revenir au b.a ba de la gestion d’adolescents. Ce n’est pas agréable, mais ça a ses bons côtés, à commencer par l’humilité, dont je fais une jolie cure.
Et puis il y a de bonne surprises. Comme Lex, qui ne travaillait absolument plus depuis plusieurs semaines. Un grand dadais aux cheveux improbables et au potentiel indéniable. Que je pensais avoir perdu dans la grande traversée de la quatrième. Qui s’est remis à essayer avec bonheur. “C’était bien aujourd’hui, monsieur, on a avancé, c’était super intéressant !”
Toujours surpris. Toujours débutant.