
Hier, retour en RER. T. a dans le regard quelque chose de furieux et de douloureux. Deux gamines ont écrit sur une table des insanités au sujet d’une troisième.
Le genre de truc qui me rendrait furax, qui me pousserait à passer aux coupables un ronflon degré 9 sur l’échelle de Richter et à demander des sanctions exemplaires.
Mais qui ne m’empêcherait en aucun cas de dormir le soir.
T., lui, est affecté par cet épisode. Parce que cette histoire atteint quelque chose de puissant dans son éthique de boulot. La victime de ces insultes est une élève exemplaire, douce et surtout droite dans son comportement. Dégrader, et, à plus forte raison, dégrader une bonne personne est quelque chose qu’il n’accepte pas.
Comme toujours quand l’un de nous deux ne va pas bien, nous pavons le marécage de mots. Et durant la petite heure de RER, je me rends compte que c’est ce à quoi nous arrivons doucement, lui et moi, après respectivement quatre et cinq ans passer à Ylisse : à créer un cercle, un sanctuaire, dans lequel nous faisons respecter nos valeurs. Ou plutôt, les valeurs que nous estimons essentiels à nos élèves. Chacun les nôtres. Et que ce refuge ait été dégradé, c’est en cela que le regard vagues sous ciel gris de T. se trouble.
Le moment est très désagréable. Mais, quand il se sentira mieux, quand cette déplorable affaire sera réglée, je lui dirais : que lui comme moi avons de la chance d’avoir réussi à donner corps, petit à petit à nos idéaux.