
Semaine du syndrome de la course à pied : que la distance soit de 5, 10 ou 40 kilomètres, ce sont les dernières enjambées qui sont les plus difficiles.
Et, parce que je suis épuisé, que j’ai envie de pouvoir assurer mes cours jusqu’au bout, parce que, il faut bien le dire, je me lasse aussi, de répéter chaque jour les mêmes tâches, je me referme.
“Sois gentil, car chacun mène une dure bataille.” proverbe digne d’une papillote de Noël, dont je tente, dans ma vie professionnelle, de faire un principe. L’élève le plus insupportable a sans doute une raison. Ça ne justifie en rien son comportement, mais ça permet de le voir comme un être de raison, et pas juste un punching-ball en puissance.
Seulement je n’ai plus spécialement la force, cette semaine, de m’intéresser aux luttes des autres. Et lorsque Rean traite pour la deuxième fois un camarade de “fils de cochon” (sic), je passe en mode Dalek, et l’enjoins à aller se calmer dehors à grands coups de “dehors, dehors, dehors” (une petite voix démoniaque me souffle de hurler “Exterminate”, je suis heureusement trop en colère pour pouffer). Je n’ai plus envie d’expliquer, de désamorcer, je veux juste faire en sorte que les troisièmes arrivent au brevet blanc à peu près préparés.
Je n’ai plus envie de me lancer dans des tractations sans fin avec Lelio, qui, depuis quelques jours, a tout simplement d’ignorer les adultes (les mâles principalement). Il ne leur parle pas, il ne réagit pas quand un homme de plus de vingt ans s’adresse à lui. En général, le faire rire ou le responsabiliser aide à raccrocher les wagons. Pas de bol, aujourd’hui, ce sera un cours très traditionnel, assez pointu, et, là non plus, Monsieur Samovar n’a pas envie de se creuser le ninin pour, en plus, dérider Lelio, dont je sais pertinemment que sa situation personnelle est hyper difficile.
Je me ressource auprès des troisièmes Glee qui jubilent lorsqu’ils parviennent enfin à reconnaître une proposition conjonctive cachée dans une phrase de longueur proustienne et dissimulée derrière tout un tas d’autres subordonnées et de compléments du noms vicieux.
Je reçois souvent de virulents messages de reproches de la part d’élèves, ou d’anciens élèves, qui en veulent énormément à des profs de n’avoir pas pu, pas su détecter un moment de crise. Des profs qui ont été froids, cassants, quand ils avaient besoin d’aide.
Aujourd’hui, j’ai été un de ces profs ; je crains de l’être toute la semaine.
Mais, pour conclure sur une autre citation papillote de Noël, tirée du manga Gunnm, parfois “notre cœur n’est pas assez grand.”