Jeudi 25 avril

Juste histoire de, j’ai fait un test. J’ai demandé à Arès de m’envoyer un devoir de vacances, chose que je ne fais jamais. Il vient de me l’envoyer par mail.

Arès, depuis un trimestre que je le vois en tutorat, n’a jamais manqué une seule heure. Pourtant c’est le lundi matin, en première heure. Et, si je le vois, ce n’est bien entendu pas pour le féliciter pour son attitude exemplaire.

Tous les lundis, je repêche avec lui ses cahiers en morceaux, ses feuilles déchirées. Je sors mon tube de colle, pendant qu’il recopie ses cours en tirant presque la langue – ça fait bizarre pour un élève de quatrième qui attrape une gueule de lycéen – et on remet un peu d’ordre dans ce fatras de papier.

On travaille à réorganiser tout ça pendant qu’il me raconte sa vie d’élève, en quatrième Glee, qu’il me demande si mes classes de cette année sont mieux que celle dont j’étais professeur principal l’année dernière, la sienne. Il veut savoir si l’année prochaine j’aurai des troisièmes, si je serai encore là. Je le remets doucement au travail, il ne proteste jamais.

On avance peu, en une heure. Je lui donne des conseils, je tente de lui faire dire ce qu’il ne va pas en cours, on décortique les appréciations de son bulletin, et il me promet qu’il fera des efforts.

L’heure suivante, il froissera ostensiblement la feuille que sa prof venait de lui distribuer en lançant un “je vous avais bien dit de pas me la donner.”

Et je sais que le lundi suivant, il me lancera un grand sourire désolé et une excuse bidon. Et puis sans transition, il me parlera de sa famille d’accueil, du fait qu’il aura le droit de passer des vacances chez son père, de sa future boutique de téléphone portable qu’il va monter avec Léandre. Et il sera, pendant une heure, le gamin le plus doux du monde.

Pour redevenir infect quelques instants plus tard, dans ses cours.

Et moi de me demander ce qu’on peut lui donner, nous, enseignants, dans cette école à qui on en demande toujours davantage : que fait-on, pour les Arès, et tous les autres ?

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