Lundi 29 avril

“Mooooooooooonsieeeeeeeur !”

Comme tous les mardis matins, je n’ai pas besoin de regarder à quel emplacement, dans la cours, se trouve la classe à qui je fais cours. Irina sautille frénétiquement sur place en agitant les bras, dans un mouvement que ne renierait pas Véronique, ou Davina, ou les deux. Elle en lâche presque le manga qu’elle est actuellement en train de lire, habituellement le quatorzième d’une série de deux-cent vingt, qu’elle aura terminé la semaine suivante.

Tandis que je tente de rameuter mon cheptel de quatrièmes Bulbizarre – tâche rendue difficile par l’heure matinale et le fait que Tonio a davantage l’air de vouloir se prendre pour un lutteur de free-fight, rapport aux coups qu’il échange avec un troisième, qu’à un élève – Irina me parle à une vitesse supersonique. Du manga qu’elle est en train de lire, de sa passion pour le japonais, d’Harry Potter, et plus particulièrement, de ses futurs épousailles avec Drago Malefoy. Elle en est arrivé à la conclusion qu’il était le meilleur parti, toutes promotions de Poudlard confondues, parce que, de toutes façons, les seuls gagnants de cette école sont les Serpentards.

Un peu étourdi par cette logorrhée débitée à un rythme de mitraillette, je monte l’étage et fait entrer les élèves dans la classe.

Et là, silence absolu.

Irina cesse de parler dès qu’elle a passé la porte. Que ce soit à moi, où à n’importe quel autre camarade. Irina s’enferme dans un tel mutisme que toute le monde l’oublie. Y compris son professeur. Régulièrement, lors des travaux de groupes, un élève va relever la tête.

“Mais, monsieur, Irina elle est avec personne en fait !”

Et Irina me regardera en haussant les épaules, s’arrachant au travail qu’elle avait commencé seule. Mes questions quant à son bien-être en classe se heurtent à un sourire poli et un mutisme total.

Jusqu’à ce que la sonnerie retentisse :

“Oui et donc alors je me disais, Drago, c’est pas le genre à vouloir se marier, vous pensez pas monsieur, je vous efface le tableau ? Du coup, je me disais, il faudrait d’abord qu’on fasse un grand voyage, j’ai cours d’Histoire après ça va c’est juste à côté, du genre dans des pays plutôt nordique parce, hein, vous avez vu son teint…”

Et moi de la voir partir, toujours babillant, ne sachant que faire ni de ses discours, ni de son silence.

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