
Cette année, les troisièmes Glee m’ont rendu heureux : par leur enthousiasme, leur envie, leur motivation, et leur gentillesse.
Les troisièmes Bazoukan, eux, m’ont fait m’estimer.
Étrange chose, que l’estime de soi. À m’écrire jour après jour, après jour, je n’arrive toujours pas à comprendre si j’en évacue le trop plein ou si j’essaye d’en conjurer.
Toujours est-il que, en ce début de fin d’année, faire cours aux troisièmes Bazoukan m’emplit de fierté. Avant tout parce que j’en ai bavé avec eux. Que c’est avec eux que j’ai le plus transpiré, que je me suis le plus torturé le ciboulot au niveau de mes cours. C’est eux qui m’ont le plus renvoyé à mes faiblesses : le fait que je sois souvent à contretemps, autoritaire quand il faudrait se montrer coulant, riant à leurs bêtises ou approximatif quand ils auraient besoin de rigueur. Ils sont passés à deux doigts de mes “classes à la dérive” : celles auxquelles j’enseigne, mais dont je sais que je ne parviendrais plus à capter quelque chose de sincère.
Mais il s’est passé quelque chose d’étonnant cette année : je n’ai pas transigé sur mes valeurs. Sur ce que, après dix années, je sais être bon. Plutôt que de m’adapter à eux, j’ai tout misé sur les quelques qualités que je possède. Quand ils ont été au sommet de l’hostilité, je me suis montré le prof que je suis le plus heureux d’incarner.
Et, succès ou heureux hasard, ça a fini par fonctionner.
Ils ont doucement grandi, et aujourd’hui, le plus paumé des paumé parmi eux m’a gentiment expliqué qu’il était heureux d’enfin comprendre comment justifier un texte. Ils acceptent de se mesurer, avec rigueur et sans soupirer, aux œuvres que nous étudions. Et, surtout, ils s’estiment. Laissant tomber les oripeaux d’élèves d’Ylisse. Ils ont compris – et ça me pique les yeux de bonheur – que rien ne sera retenu contre eux, dans le cours de français. Que ça n’est pas interdit de demander le silence quand on trouve un texte beau, ou d’attacher de l’importance au sort de personnages, imaginaires depuis des siècles.
Ils peuvent se montrer ignobles dans d’autres cours, et ça, ça me fait mal au cœur.
Mais ils sont une petite victoire. Montrent que peut-être, juste peut-être, il est possible de ne pas seulement surnager, de ne pas viser que des victoires du jour, ou individuelles.
Bon. Maintenant se dire ça pour les quatrièmes !