Samedi 18 mai

“Monsieur vous êtes gentil, vraiment très très gentil !”

Maria lance sa phrase alors que je passe dans les rangs de la quatrième Bulbizarre. Maria, qui a conservé un accent italien prononcé, mais qui, de quelques mots français balbutiés en septembre, maîtrise presque parfaitement la langue en mai. À tel point que je lui fais les gros yeux quand elle rajoute des “genres” dans ses phrases. Je souris, elle rougit.

“Je veux dire, vraiment. C’est pas un… un insulte. Parce que des fois, on dit gentil et…
– Ouais mais laisse, il sait, hein !”

Trois rangs derrière, Hildegarde commente sur son ton habituel (140 décibels. Et c’est quand elle n’est pas indignée. Ce qui arrive souvent). Après un instant de réflexion, elle reprend :

– “C’est vrai c’est bizarre, hein. Pourquoi “gentil” ça veut presque toujours dire “victime” ?
– Parce que les gens ils profitent, répond Maria. Ils veulent pas être gentil mais dès qu’il y a un gentil ils le utilisent !
– Ouais au fond monsieur, pourquoi vous êtes gentil ?
– Hmm… Pour que vous vous posiez ce genre de question, peut-être ?
– Moi c’est mort, je peux pas être gentille, hein. Ou alors plus tard, peut-être. Genre monsieur, quand on est adulte, c’est plus facile ?
– Un peu. On est un peu plus libre d’être qui on veut.
– Ah ouais. Et comment on sait, qui on veut être ?
– Houlà mais Hildegarde tu es une filosofa !”

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