
L’après-midi s’écoule doucement pendant que je remplis mollement – et pas très bien – le diaporama que je projetterai demain, à la classe dont je suis professeur principal.
Je n’aime pas ces premières heures, elles sont trop longues.
Trois heures durant lesquelles on remplira les carnets et les différents papiers de bourse – ça c’est essentiel – et puis ensuite commencera le déluge d’informations. Quand je vois qu’après quarante minutes de paroles, mon cerveau débranche, je n’ose imaginer ce qui se passe au bout d’une heure chez les mômes.
Pas envie, non plus, de me lancer dans une activité de création de liens quelconque. Je ne sais pas faire, et n’y tiens pas. C’est mon côté très vieux jeu, je pense, mais ces liens, je n’ai jamais réussi à les créer, solides et vrais, qu’une fois les cours vraiment commencés. Quand nous sommes partis à l’assaut des textes et des mots.
Souvent, j’envie, vraiment, les collègues qui y arrivent : M., le prof d’EPS, qui arrive à créer des activités pleines de sens, C., la prof d’Arts Plastiques qui prend le temps de parler à ses élèves, de leur place dans et hors de la classe, M., la prof d’Histoire-Géo qui, en quelques instants, parvient à s’adapter au langage, au débit, à la façon d’être de chacun.
Il faudra que je passe par les mots. Par l’errance de Jean Valjean et la beauté de Boule de Suif, par la lumière de Camus et d’Antigone. C’est tarte, mais c’est aussi un part de ce costume de prof avec lequel je m’efforce d’être en paix.