Jeudi 5 septembre

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Eh ben les enfants je me suis fait motoculter la face, comme rarement !

Résumons.

J’arrive en salle des profs, frais vêtu d’une chemise neuve (et donc pas encore trop recouverte de poils de lapins), me sentant beau et classe. Je suis accueilli par un “Oh là là, on a vu ta liste de classe, on s’est dit que ça allait être horrible.”

Mais ailleuh. Ça fait un peu le comédien prêt à entrer sur scène à qui on dit que l’équipe de On n’est pas couché est venu assister à sa première. J’essaye de garder mon optimisme et descend en salle polyvalente, dans laquelle l’intégralité des quatrièmes s’est installée.

Cheffe doit prendre sa grosse voix pour obtenir un semblant de silence et faire son discours de début d’année. Suite à quoi j’appelle mes ouailles avec qui je monte en classe. Un môme que je ne connais pas encore se porte à ma hauteur. “Monsieur mais vous avez fait quoi ? C’est pas une classe, ça ?”

Du moins je devine ce qu’il dit, car la cage d’escalier résonne d’un bruit qui n’est pas sans rappeler Godzilla un jour de contrôle fiscal. Il me faut quelques instants pour me rendre compte que ce brouhaha infâme provient des gorges de mes élèves qui parviennent à émettre un volume sonore digne du livre des records.

Je prends mon air méchant – celui qui, une fois, a presque effrayé un chaton – exigeant que tout le monde se range devant la porte de la salle et les fait entrer. C’est le cœur serré que, déjà, je vois quelques élèves devenir transparents : ceux qui font moins de bruit, ceux qui seront plus calmes, aux difficultés plus silencieuses, aux personnalités moins colorées. Une montée d’escalier, c’est tout ce qu’il aura fallu.

“Mais maintenant ça tu le sais, ça fait onze ans, tu es au courant, tu dois continuer à les regarder, ils ont le droit à toute ton attention ces petits mecs mutiques, elles ne méritent pas moins ton énergies, ces nanas gauches. Inscris-le au fer rouge.”

J’installe tant bien que mal les gamins à leurs tables et découvre avec joie que, quand la gestionnaire nous a dit que le mobilier avait été changé et qu’il y avait désormais 26 tables par classe, elle n’a pas menti : il y a 26 tables… y compris celle sur laquelle on pose l’ordinateur. Et ils sont 26 dans la classe. Je me retrouve donc à essayer de pousser la machine pour aménager une place à une gamine qui fait déjà la tronche.

Il ne me faut pas longtemps pour identifier le souci avec près de la moitié des mômes de 4ème Avaltout (c’est un POKEMON et si vous gloussez, ben vous avez l’esprit mal placé, eukay ?) : TOUT les fait réagir. Un stylo qui tombe, un mot rigolo, une questions qu’ils ont en tête, une envie de pipi, une frustration : ils sont incapables de se refréner. Je me retrouve bombardé d’interrogations et de remarques plus ou moins pertinentes : “À quelle heure on part ? On peut supprimer les cours de physique ? LV, ça veut dire Les Voisines ? C’est quelle orientation pour travailler au zoo ?”

Les collègues qui viennent se présenter se retrouvent médusés, à me voir tenter de mettre un semblant d’écoute dans une classe qui en semble presque totalement dépourvue.

Ce pourrait être ma Bérézina, à quatre jours de la reprise. Ça ne l’est pas. Juste un profond soupir. Il va falloir construire le socle : apprendre, réapprendre aux élèves à trouver une raison pour laquelle ils sont là. À leur donner les codes, à les pousser pour qu’ils ne subissent pas leur collège. Les éduquer sur certains points qu’ils n’ont pas acquis, qu’ils ont choisi d’oublier. Refuser de les traiter comme les petits enfants qu’ils aimeraient être.

Ce sont les mômes que l’on m’a confié, c’est mon travail. Ils sont insupportables et déjà, je sens quelque chose qui se noue. Je ne pense pas que je les apprécierai, mais je veux absolument les aider. Partout où je me tourne, ou presque, je vois de gigantesques difficultés : d’attitude, de rapport à l’école, de posture. Le travail qui nous attend est pharaonique.

BON. Ben c’est parti hein.

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