Mercredi 11 septembre

En troisième Étourvol, il y a Duke. Cela fait trois ans que je lui enseigne.

C’est trop.

Duke n’est pas ce que l’on peut qualifier d’élève agréable. Duke est insolent, et surtout extrêmement pénible avec les autres, à commencer avec les filles. Duke fera tout ce qu’il peut pour transiger avec les règles, protester, faire perdre un maximum de temps à tout adulte commençant à lui parler.

Deux passages en classe relai, deux échecs. Les enseignants qui l’ont pris en charge n’ont pas réussi, dans un groupe de huit, à le ramener vers les apprentissages, à le convaincre de laisser une chance à l’éducation, ou même à le faire parler d’un quelconque projet en dehors de l’école.

Et je suis totalement à bout de patience avec lui. Je me déteste quand je lui parle, je suis incapable, au meilleur des cas d’avoir la voix de Miranda Priestley, et au pire de lui aboyer purement et simplement dessus. Duke est l’élève qui me donne envie, comme nos élèves, d’envoyer des lettres à la Vie Scolaire pour demander à ne pas être dans la même classe que lui.

J’ai absolument tout essayé. Les entretiens individuels, qui se sont soldés par une litanie de “jairienfaitcesttoujoursmoijairienfaitpourquoimoi” répétés en boucle et très forts. Le tutorat (après cinq heures séchées, je dois avouer avoir abandonné) ; essayer de contacter la famille, ce qui s’est soldé par un échec retentissant ; tenter de mettre en place des stratégies avec les collègues, lesquelles ont été aussi efficaces que siffler dans une contrebasse. Ne parlons pas des tentatives d’activités différenciées qui m’ont été renvoyées dans la tronche comme autant de spams dans une boîte aux lettre caramail.

Je suis à bout de patience et ça fait trois ans que ça dure. Avec tout l’égoïsme d’un prof d’une matière qui peut se le permettre, je me dis que je préférerais qu’un autre enseignant s’en occupe. Peut-être B., G. ou T. trouveraient-ils le détail, l’attitude à avoir qui rendrait Duke, sinon motivé par le collège, au moins respectueux des bases.

J’ai des milliards de choses à faire cette année. Et ce n’est pas une liste de priorités, tout est également urgent. Et lui en fait partie.

Seulement je n’ai vraiment, vraiment pas envie. 

Donc cet après-midi je vais pigner, faire la grimace. Et demain tenter d’aboyer un peu moins.

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