Vendredi 13 septembre

Parfois lors des longues journées, on retient surtout les parenthèses.

Trop tôt le matin, les écouteurs vissés sur les oreilles. Par-dessus la pulsation de l’”Hyperballad” de Björk, un autre rythme, des pas derrière moi, qui se rapproche.

“Bonjour Monsieur.”

Roog, à nouveau. Le visage moins blasé que la dernière fois que je l’ai vu, il y a quelques jours. Encore un tout petit peu dans le sommeil.

“Je dois rendre ma première rédaction en français.”

J’hésite à balancer un sarcasme sur mon étonnement à le voir changer si vite d’attitude, je me rappelle que ce serait super nazebroke.

“Je peux vous aider ?
– Si je vous l’envoie, vous pourrez me donner des conseils ?
– Bien sûr.”

Il tourne les talons vers son arrêt de bus. J’ignore si c’est un niveau bonus ou si le travail avec ce – môme élève garçon jeune homme gosse ? – va se poursuivre.

“Bonjour Monsieur !”

L’été n’a heureusement pas fait perdre son accent à Laya. Les yeux cerclés d’immense lunettes, elle me décoche un sourire à décrocher un contrat pour dentifrice.

“Vous avez changé monsieur ! Vous avez l’air… je sais pas, plus calme.
– Ça s’appelle les vacances Laya, on est plus zen en rentrant. Mais vous aussi vous avez changé. Vous avez beaucoup grandi.
– Mais trop, monsieur. Des fois ça fait peur comme on grandit trop vite ! J’ai peur de regretter après.”

“Monsieur ?”

Je me retourne dans les escaliers qui mènent vers le RER, vers le week-end. Lorenzo me regarde, l’air toujours aussi perplexe à travers ses verres épais. Lorenzo, un ancien élève de Troisième Glee, qui, sur scène, est un soleil absolu. Et qui, le reste du temps “a l’air en veille, comme s’il gardait son énergie pour la scène” lance T., malicieux.

“Vous allez bien ?
– Oui bien… Ça me plaît le lycée.
– Vous avez pris des options ?
– Oui je fais du théâtre. On a commencé quelques exercices et… ça me plaît.”

L’année dernière, la nonchalance de Lorenzo me blessait un tout petit peu. Je ne sais pas si c’est l’âge ou le fait qu’il ne soit plus mon élève mais je la trouve plutôt belle ce soir.

Je n’ai pas changé, j’oublie toujours très vite mes anciens élèves. Mais certains restent, par hasard ou à dessein. J’ignorais qu’en plus de quelques amis, quelques présences adolescentes me feraient me sentir plus léger à Ylisse.

Laisser un commentaire