Samedi 14 septembre

Je serai donc de nouveau le prof de Monica cette année. Monica qui redouble sa troisième, car elle n’a pas été acceptée, dans aucune des orientations qu’elle avait choisie.

Non.

Elle n’a été acceptée dans aucune des orientations que son équipe de profs lui avait proposée et qu’elle avait mollement, très mollement reporté sur sa fiche de vœux.
Monica passera une année de plus au collège et lors de mes premières conversations – mais peut-être suis-je dans l’erreur – j’ai cru déceler du soulagement. Son nouveau cahier de français est propre, son écriture ronde et ses phrases toujours aussi maladroites.

Et je me demande si, parmi tous les élèves dans son cas, elle n’a pas été la seule à réussir à freiner la machine.

Depuis quelques années, on nous enjoint, à Ylisse, à travailler avec nos élèves sur leur orientation, leur projet professionnel. Et ce dès la sixième. Alors oui. Découvrir le monde professionnel est fondamentalement passionnant et de plus en plus important, vu le monde dans lequel nous vivons.

Mais le discours sous-jacent m’attriste un peu. Celui qui souffle que les mômes d’Ylisse n’auront de toutes façons pas le niveau pour de longues études. Qu’il faut les caser rapidement.

Des mômes de quatorze, quinze ans.

Peut-être Monica a-t-elle finalement juste pris un peu plus de temps, s’est-elle dit que se destiner – quel grand mot – au commerce, à la compta ou aux soins des personnes quand on a son âge, c’est trop tôt.

Ou peut-être n’est-ce que ce que je me dis.

Dans tous les cas elle sera à nouveau mon élève. Ça peut être une seconde chance, pour elle comme pour moi.

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