
Il y a des moments miraculeux.
J’ignore à quoi ils sont dus.
Ce matin, je me rends avec les quatrièmes Dracofeu au CDI. Les Dracofeu, ce ne sont pas les Avaltout, niveau agitation, mais disons qu’ils sont quand même dans le top trois des quatrièmes qui font convulser leurs profs.
Sur le papier, l’activité a tout pour terminer en scène d’apocalypse nucléaire. Dans le but noble et futile de leur donner l’habitude de lire, je demande aux élèves de choisir un roman et de rédiger un compte-rendu de lecture, crée par T.
La plupart du temps, le choix du bouquin est un passage aussi laborieux qu’interminable, les élèves se livrant à de savants calculs nombre de pages + poids du bouquins x taille de la police – âge du capitaine pour trouver le livre le plus rapide à lire.
Cette fois-ci, le choix est effectué en dix minutes montre en main.
Tout va bien. Il nous reste quarante-cinq minutes de cours. En essayant de ne pas trop transpirer, je demande aux Dracofeu de commencer leur lecture, et de prendre des notes pour leur résumé.
Et. Ils. Le. Font.
Dans un silence de cathédrale, ils entament leur bouquin. Je ne comprends pas. Tout s’est passé comme d’habitude. Nous leur avons présenté l’activité avec J., la prof-documentaliste, ils sont normalement très peu patients, nombre d’élèves perturbateurs se trouvent dans les rangs. Et ils sont tous à bouquiner.
Abasourdi, je m’assois parmi eux, un livre à la main, affectant de lire aussi.
D’un silence de cathédrale, on passe au vide intergalactique un jeudi soir. Du coin de l’œil, je les observe. Pas d’ennui sur leurs visages, bien au contraire. Quelques-uns écarquillent les yeux en tournant une page, d’autres pouffent tout doucement.
Ce sont quarante minutes extrêmement douces.
Peut-être y a-t-il eu un miracle.
Peut-être était-ce juste le matin.
Mais ils repartent tous, leur bouquin soigneusement rangé dans le cartable. Et sereins.