
Petit tour par le CDI. Quelques élèves en permanence occupent l’endroit !
“Bonjour Monsieur !”
Quatre gamins de Quatrième Avaltout. Avec qui j’ai échangé dix phrases depuis le début de l’année. Ils rentrent dans la catégorie peu enviable des élèves médians. Ces élèves-là ne se trouvent à aucun bout du spectre. Ni ceux dont les appels à l’aide enflamment notre métier, ni ceux qui traversent, victorieux et méritants, leurs années de collège. Des gamins placides, allant au boulot de bonne volonté et assistant, mi-médusés, mi-résignés, aux numéros de leurs exceptionnels congénères. Quel que soit le sens d’exceptionnel.
Annette et Mercedes consultent leurs première notes sur l’ENT du collège et sourient en se rendant compte qu’elles ont plus de 15 de moyenne : “Mes parents vont être trop content, j’avais trop peur d’être nulle monsieur !”
Caspar et Linhardt se renseignent sur les exosquelettes. Caspar et Linhardt sont meilleurs potes, ils veulent devenir ingénieurs. Ils ne savent pas de quoi mais ils construiront des trucs trop cools.
“Regardez !”
Caspar déplie une feuille de papier sur laquelle, entre un robot tout en lames et un policier du futur, se tient un personnage, baluchon sur l’épaule, accompagné d’un chien.
“C’est Le Mat, comme votre tatouage !”
Il reste dix minutes avant la reprise des cours. Dans dix minutes, leurs toutes petites voix se noieront sous le flot exubérant des paroles de Manuela, derrière les transgressions de Ferdinand, Ferdinand, bien sûr, qui pourrait aller tellement loin, dira-t-on dans quelques jours, quand il aura fait une énorme connerie (plus énorme que pousser un camarade dans le canal en face du collège s’entend). On les arrosera, leur mettra de la lumière dessus. Pour exorciser leurs démons, les nourrir, les cultiver.
Ils sont tellement. Vingt-six par classe, le maximum en REP+.
Et puis il y a les petits. Sans condescendance aucune, les touts petits. Qui ne font pas de bruit. Et ces pousses d’êtres humains aussi ont besoin de cette lumière, de cette eau. Mais on abreuve toujours les plus assoiffés.
Il reste dix minutes. J’ai des photocopies à faire.
“Bon alors, on a peu parlé cette rentrée. Comment ça se passe par rapport à l’année dernière ? Vous avez des sorties orientation qui vous intéressent ?”
Donner de tout, à tous.