Lundi 23 septembre

Donc, aujourd’hui, c’était la photo de classe. Et aussi la journée de l’élégance au bahut. Journée durant laquelle on voit donc défiler des gamins en chemises trop grandes pour eux, des filles s’arc-bouter pour apprivoiser des talons d’une hauteur anapurnesque, et des mômes de sixième plus classes que moi avec un nœud-papillon.

Professeur principal de la Quatrième Avaltout, c’est à moi qu’échoit le douteux privilège de les faire descendre jusqu’à la salle polyvalente où se déroule le rituel photographique. Rituel compliqué par deux ou trois petits obstacles amusants dont la providence a le secret :

1. D’abord la nature même de la classe, qui ferait passer de la nitroglycérine pour un modèle de stabilité. Leur faire descendre un étage en bon ordre me fait un peu trop transpirer pour le bien de la chemise blanche que j’ai passée pour l’occasion.

2. Ensuite le fait qu’à cette heure-là, les quatrièmes Avaltout sont divisés entre mon cours de français et le cours d’Histoire, ce qui suppose un mouvement synchronisé digne des plus grandes campagnes napoléoniennes.

3. Enfin, le défi que j’ai bêtement posé à la classe, et pour lequel, en aurais-je la souplesse, je m’auto-botterais bien les fesses. Constatant le peu de solidarité entre élèves, je leur ai en effet proposé de tous venir habillés de deux couleurs. Ce que je pensais être un petit jeu rigolo s’est transformé en psychodrame, Hilda ayant menacé un camarade de l’encastrer dans le trottoir s’il ne venait pas vêtu de la tenue idoine, et la petite Nadette terrifiée à l’idée d’avoir mal compris la consigne. “En noir ? En blanc ? Les deux ? Je comprends paaaaaas !”

Bon gré, mal gré, et avec l’aide du très courageux collègue d’Histoire, je parviens à faire parvenir le groupe jusqu’à son objectif.

Sur le chemin, ovation totale et délirante pour Claude. Claude est un élève qui m’inquiète terriblement. Passé par la case “classe relai” (aka : “On ne sait plus quoi en faire, s’il vous plaît aidez-nous.”), il possède une emprise sur la classe – et, comme je le découvre aujourd’hui, le collège – extrêmement puissante et que je ne m’explique pas. Est-ce sa vie en dehors du bahut ? Des “faits de bravoure” dans le collège ? Ce môme, capable de se comporter en élève cultivé ou en sale petite brute a juste passé une chemise et un jean noir. Pourtant, ceux qui le croisent l’acclament comme la réincarnation collégienne de Cristina Cordula.

Une fois les élèves alignés, je me rends compte qu’à l’exception d’un seul môme, les quatrièmes Avaltout qui sont incapable de tous écouter une consigne en même temps ont tous respecté le code couleurs. Ils se regardent un peu éberlués, tandis qu’ils luttent dans un bruit pas possible pour s’aligner devant la caméra d’une photographe qui doit considérer une reconversion de gardienne de phare au Groenland.

“On peut être classe, quand on veut.” souffle Dorothea. “Ça serait cool si on était tout le temps comme ça.”

Ça ne changera très probablement rien. Mais au point où nous en sommes, il faut tout essayer.

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