
Si je calculais le temps que j’ai passé à m’occuper de chaque élève en quatrième Avaltout, je dirais qu’Hilda a dû me prendre près d’un cinquième de mon temps.
Hilda a depuis belle lurette été identifiée comme ce que l’on nomme pudiquement “une élève à besoins particuliers”. Des tests ont été effectués, des sections adaptées proposées à ses parents, qui ont refusé.
Du coup, Hilda reste en collège général. Et ne pipe quasiment rien à ce qu’il s’y enseigne. C’est d’autant plus frustrant que ce n’est pas de la stupidité. La gamine est vive, et tente, avec la plus grande sincérité, de participer – jamais en dessous de deux-cent décibels – et veut comprendre. Qualité que j’apprécie énormément chez des élèves.
Sauf que cette soif ne sera jamais tarie.
Il manque à Hilda trop de concepts, elle a besoin de trop de temps pour saisir ce que d’autres comprennent presque intuitivement. Et sa révolte contre l’incompréhension est souvent accueillie par des moqueries de ses camarades. L’un d’entre eux me sourit, lorsque je lui reproche de provoquer Hilda : “En même temps monsieur, c’est facile.”
Oui. C’est facile. Facile de s’impatienter quand pour la énième fois, il faut expliquer une évidence, quand, à nouveau, il faut lui dire qu’on n’a pas le temps de revoir où se trouve le verbe, comment reconnaître un nom propre de personne ou de ville.
C’est d’autant plus frustrant que des solutions existent. Qu’orienter Hilda vers d’autres dispositifs ne serait pas une solution au rabais, mais lui permettrait enfin de se rendre compte qu’elle n’est pas idiote, qu’elle peut tout à fait avoir une place agréable dans des apprentissages qui lui plairaient.
Au lieu de cela, elle lutte tout les jours pour déchiffrer les arcanes d’un savoir qu’elle aura oublié le lendemain.
Il en faut, de la patience et du courage, pour la supporter. Et il lui en faut, du courage et de la patience, pour supporter l’école au quotidien.