Mercredi 2 octobre

Rhéa en est à sa deuxième retenue. Elle a refusé, une nouvelle fois, d’écrire quoi que ce soit sur un contrôle.

Fin de journée. Elle se trouve dans la même classe que les troisièmes Etourvol, qui bossent gentiment sur une rédaction.

Rhéa me dévisage de ses grands yeux calmes qui me mettent toujours un peu mal à l’aise. J’ai eu beaucoup de mal à expliquer à ses parents que la passivité de leur fille m’inquiétait. L’année dernière, Rhéa séchait énormément. Le simple fait qu’elle vienne à l’école tous les jours est une victoire suffisante, à la maison.

“Rhéa, pourquoi n’avez-vous pas fait le contrôle d’Histoire ?
– J’avais pas envie.
– Mais vous saviez que vous devriez venir le rattraper.
– Je pensais que vous disiez ça comme ça.”

Le ton est monocorde, presque désintéressé. Malgré tout, elle a noirci le papier qui lui a été donné.

“C’est trop compliqué ?
– Non. Je vous dis, j’ai juste pas envie.”

Une autre élève de quatrième Avaltout. Qui est loin. Très loin. À chaque fois que j’ai l’impression qu’un môme de la classe accepte les codes du bahut, un autre se révèle, à qui il faut expliquer.

“Mais pourtant, là vous avez fait ce qu’on vous demande.
– Ouais. Mais c’est calme ici. Pas comme dans notre classe.”

Et on y revient toujours. L’immense majorité des mômes de cette classe triplement suractivée prétendent tous aspirer à travailler dans le calme. Comme si “le calme” était un objet extérieur, qu’il fallait leur apporter ou leur imposer par la contrainte.
Rhéa regarde par-dessus mon épaule, loin, loin.

Et je me demande si on avance avec ces mômes.

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