Jeudi 3 octobre

Crédits image : Uderzo

“Ça y est. Je sens déjà que je n’ai plus de patience pour vous. On est début octobre. Comment on va faire ?”

Claude me regarde, de cet air que j’ai l’impression de connaître depuis toujours. Respectueusement mais la tête un tout petit peu relevée, les épaules quelques millimètres en arrière. Trop peu de défiance pour que j’aie quelque chose à y redire, trop pour que je crois que cet énième tête à tête va changer quelque chose.

“Vous frappez votre camarade en classe, vous vous roulez par terre en musique…
– Je me suis pas roulé par terre.
– Vous ne vous êtes pas mis par terre en musique, hier ?
-Si. Mis. Mais pas roulé.”

Je respire lentement par le nez devant cette technique de samouraï d’anime de mauvaise foi. Ça ne fonctionne pas. Mais le fait est que Claude s’enferre dans un comportement qui m’inquiète, depuis le début de l’année : il cherche systématiquement à provoquer le chaos. Dès que la quatrième Avaltout atteint un peu de sérénité (ce qui arrive un peu plus souvent en ce moment), Claude trouve LE moyen de remettre en route la machine à bazar, en criant une connerie, en provoquant Hilda ou en se roulant – pardon, en se mettant – par terre.

Et rien ne semble le faire réagir.

Les voix de la pédagogie sont impénétrables et celles de ma cervelles dignes d’un immeuble conçu par Numérobis. Du coup, d’un tiroir, sort la phrase la plus incongru qui soit, dans la situation actuelle.

“Vous ne pourriez pas être un peu… gentil ?”

Je sais exactement d’où vient ce mot. D’un des derniers épisodes de Doctor Who avec Peter Capaldi. Où, frustré au dernier degré par le cynisme d’un de ses semblables, il lui demande juste d’être gentil. Et peu importe cette origine, en fin de compte, parce que je me rends compte que c’est ce que je pense vraiment. En face de moi, les sourcils de Claude s’arquent. Mais il ne sourit pas.

“Gentil ?
– Oui.
– Mais je le suis, gentil.
– Non. Détruire le peu de calme qu’il y a dans cette classe, ça ne l’est pas, gentil. Participer uniquement parce que d’autres veulent essayer, et sans leur laisser la parole, ça n’est pas, gentil.”

Il ne proteste pas. Ne hausse pas les épaules. Je ne triomphe pas. N’ose pas croire que le mot soit tombé juste.

“Je vais vous laisser. Cette conversation m’énerve et ne vous intéresse pas.
– Non mais je vais faire mieux, monsieur.
– Vous l’avez dit toutes les autres fois.
– Non mais gentil, je peux l’être.”

Je lui tends ses ciseaux (oui, je lui ai confisqué sa paire de ciseaux, qui pourrait être classé arme de sixième catégorie et qu’il balançait un peu près du visage de sa camarade) et le regarde s’éloigner.

Le Docteur n’avait pas réussi à convaincre son interlocuteur, en fin de compte.

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