
Crédits image : Hulton Archive
Retour d’une semaine d’arrêt maladie.
Et comme prévu, impression d’avoir laissé un film sur pause. À deux ou trois détails près, je n’ai rien manqué. Ça peut paraître réconfortant, mais ça rappelle aussi de façon très saine que personne n’est nécessaire. La galaxie Ylisse continuera à tourner quoi qu’il arrive.
Seul moment vraiment étonnant : la première heure de cours, avec les quatrièmes Avaltout, qui entre dans un silence qui me laisse espérer craindre qu’un chirurgien fou se soit livré sur eux à une ablation sauvage des cordes vocales.
“C’est à cause de nous que vous étiez pas là ? On a entendu des trucs…”
Bien sur qu’ils ont entendu, les élèves ont pour recueillir la rumeurs des capteurs d’une sensibilité à toute épreuve. Je me contente de les fixer, un peu incrédule.
“Non, parce qu’on sait qu’on n’est pas toujours très sympas.”
Avant de m’offrir une heure de cours d’un calme et d’un sérieux total. Que j’accueille avec bonheur et circonspection. Je soupçonne depuis un moment les quatrième Avaltout d’être des tragédiennes en puissance : là, ils sont en train de jouer la grande scène de la contrition, mais me montreront l’après-midi même lors de l’élection des délégués, qu’ils peuvent tout à fait retourner une salle, renverser une urne, et faire monter à 140 décibels leur CPE hyper investie.
Les deux classes de troisièmes m’accueillent avec beaucoup plus de bonhommie même quand, totalement pas en phase, je m’enferre dans des erreurs en corrigeant un exercice. Je ne fais jamais dans la demie mesure : quand je raconte une connerie sur une notion, j’y vais au finish – devant une collègue en plus, tant qu’à faire – à tel point que Benvolio me fixe avec un regard plein d’une compassion pleine et entière. Faudra vraiment que j’arrive à régler ce problème un de ces jours, qui ressort deux ou trois fois par ans comme une gastro.
Je crois aussi Tom. Tom arrivé en même temps que moi au collège, et qui a obtenu sa mutation l’année dernière, dans une région nettement plus douce, mais dans un collège encore plus improbable, au niveau de l’organisation. Il me raconte ses pérégrinations tandis que je roule des yeux incrédules.
Tant de collèges, tant de galaxies avec leurs règles, leurs problèmes précis, leurs injustices et leurs bon génies. Comment peut-on encore croire, en 2019, qu’une seule politique éducative peut fonctionner ?
C’est ce que dira, en substance, Annette alors que nous étudions un texte politique de Montesquieu : “Pour moi, un bon gouvernement, c’est celui qui prend le temps de se pencher sur chaque personne pour le comprendre.”