Mardi 15 octobre

Parfois, ils ont juste envie d’être haïssables.

C’est le cas aujourd’hui, durant l’heure de midi. J., la documentaliste, a demandé à trois élèves trop agitées de partir. La première a vidé les lieux en lui balançant un magazine dans la tronche. Les deux autres sont plantées devant son bureau quand nous arrivons avec deux collègues. La posture assurée, le regard des filles qui savent qu’elle vont en découdre.

Je déteste ce genre de moments. Plus parce je les appréhende – et c’est un peu dommage – mais parce que je sais exactement comment ils vont se passer. Et aussi parce qu’ils m’attristent. J. est blanche de colère. Elle accueille ces gamines depuis le début de l’année. Et elles sont incapables de faire preuve de la moindre politesse aujourd’hui. Elles veulent être en conflit, s’indigner, peut-être aussi dire que les adultes les tyrannisent.

Je passe en mode pelleteuse.

Le mode pelleteuse, malgré son appellation assez vilaine, est une technique redoutablement efficace, que j’ai apprise en observant M., dont les méthodes m’inspirent un respect sans bornes.

Sans chercher à négocier, j’étends les bras, et je me mets à psalmodier, sans les yeux vides, et sans croiser le regard des élèves : “Vous sortez. Allez, vous sortez.”

Elles ne reculent pas. Il y a contact. Mais le truc, c’est de ne surtout pas toucher avec les mains. Juste les bras. Et sans le moindre affect. Pas moyen de se révolter devant ce prof qui, juste, avance, les bras étendus devant lui. D’autant plus que les autres collègues présents appliquent plus ou moins le même genre de méthode.

Dans le couloirs, l’altercation se poursuit. Les mômes protestent, et là encore, c’est toujours la même vieille histoire. Elles tentent tout : la négociation, l’insolence, les raisonnements absurdes (”Si vous nous chassez du CDI, on touchera plus jamais un livre !”), en espérant qu’une parole de leur salade verbale nous fasse réagir.

C’est l’un de ces moments moches, qui s’accumulent à l’approche des vacances. Et dans lequel, on tente de ne pas mettre plus d’affect qu’une pelleteuse.

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