Vendredi 18 octobre

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Il est 15h, un vendredi avant les vacances. J’ai les quatrièmes Avaltout pour la dernière heure avant leur départ (il m’en reste deux, me concernant), pour la deuxième fois de la journée. Et nous sommes en train de terminer des exposés, ce qui signifie que certains groupes ont fini leur boulot et d’autres pas du tout. Et qu’il est un peu trop tard pour débuter une nouvelle activité.

Est-ce qu’on se croirait à Capharnaüm ? Non. Capharnaüm ressemblerait à Buckingham Palace, à côté.

Je pourrais sanctionner, mais ce serait, pour le moment, inefficace. D’autant plus que tous les mômes ont fourni un boulot de qualité. Il s’agit d’un de ces rares moments où il n’y a pas grand-chose d’autre à faire que de diminuer le bruit ambiant, aider ceux qui n’ont pas terminé…

Et tiens, s’asseoir à la table de Claude, Sylvain et Ferdinand.

Les trois mômes combinent à eux seuls près de la moitié des sanctions de la quatrièmes Avaltout (dont le palmarès atteint, petit à petit, des proportions olympiques), peuvent se montrer extrêmement désagréables, chacun à leur manière, et sont irrespectueux, tant auprès des adultes que de leurs camarades.

Ils ont terminé un exposé passable. Je prends le temps de leur parler. Ils commencent par une provocation classique, me demandant avec toute l’innocence de Vivendi préparant une OPA l’étymologie du mot bâtard. Je ne me dégonfle ni ne me met en colère et leur répond le plus sérieusement du monde. Nous causons étymologie – de moins en moins ordurière – avant d’enchaîner sur la Révolution Française, Guy de Maupassant, leurs vacances, l’édition et les animaux.

Je leur parle comme aux mômes les plus mignons, avec qui je prends parfois le temps d’échanger. Un cadeau qu’ils ne méritent pas.

Dans un roman, ça les toucherait, les ferait réfléchir. Ils se remettraient en question, reprendraient confiance en l’adulte.

Nous ne sommes pas dans un roman. Je ne pense pas qu’ils changeront en quoi que ce soit après cette conversation.

La vérité est que je l’ai menée pour moi. Pour me rappeler qui ils sont. Pour les sortir des dossiers des problème à traiter et des appels aux parents. Pour leur redonner un peu d’humanité. Sinon je finirais par les haïr.

Et ça, jamais.

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