Lundi 4 novembre

J’entame cette période traditionnellement compliquée au collège avec une vraie journée d’escroc : les hasards du programme et du calendrier font que je projette Persépolis aux élèves de troisième et que les quatrièmes Avaltout rédigent un compte-rendu de lecture, activité qui nécessite de ma part zéro intervention ou presque, ce projet se déroulant en demi-groupes et les ayant terriblement enthousiasmés.

Ce n’est pas plus mal, cela me permet de me remettre à jour dans le bazar administratif du collège, et de ne pas épuiser totalement le bénéfice repos des vacances (avec un peu de chance, il devrait tenir jusqu’à jeudi matin).

Le récit de la vie de Marjane Satrapi me fait penser à une conversation que j’ai récemment eue avec Monsieur Vivi. Depuis quelques années, il est des œuvres que je soumets systématiquement aux classes auxquelles j’enseigne. J’ai d’abord ressenti une certaine angoisse : ne suis-je pas tombé dans le modèle que je crains, celui du “prof qui fait toujours le même cours” ?

Toute honte bue, je pense que non. Que je continue à lire, à regarder, que, même si le matériau est le même, la façon de l’étudier change suivant les classes et les profils d’élèves. Mais il est des œuvres que j’estime essentielles. Qu’il ne serait pas juste qu’un môme n’ait pas l’occasion de découvrir : la légende d’Isis et d’Osiris, Yvain, le chevalier au lion, les nouvelles de Maupassant et Lovecraft, Victor Hugo, Maryse Condé, Harper Lee… et donc Persépolis.

Certains de ces monuments tombent parfois, face à d’autres géants. De moins en moins souvent. Et de plus en plus souvent, ce qui les conforte dans leur statut d’essentiels pour les élèves, est que les lectures et les interprétations changent chaque année, toujours passionnantes, toujours profondes.

Et qu’à travers leurs yeux, le prof redécouvre les mots qu’il a lu mille fois et que l’enthousiasme, à chaque fois renaît.

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