Vendredi 15 novembre

Les quatrièmes Dracaufeu travaillent à leur première “grande” rédaction, à savoir en composant le brouillon sur table durant deux heures. Antonio s’étire, et laisse retomber ses bras le long de son corps. Je jette un coup d’œil sur sa feuille :

“Vous n’avez rien écrit, pour le moment.
– Monsieeeeur ! De toutes façons ça sert à rien j’ai pas d’inspiration.”

Cette phrase me tire-bouchonne les nerfs. Probablement parce que je suis en pleine phase d’écriture intense, que cette excuse est sortie environ quatorze fois par an et qu’elle correspond à une mythologie que je rêve d’anéantir en petits morceaux fumants : celle de la muse, touchant du doigt le front de l’artiste.

“Alors non.
– Quoi non ?
– L’inspiration ça n’existe pas.
– Bah si, si on est pas inspiré, on peut pas écri…
– Où sommes nous ?
– Quoi ?
– Dans l’histoire. Où commence l’histoire ?
– Ben, dans la rue, c’est écrit.
– Bien. Et qui est là ?
– Ben deux femmes ! (Antonio aime beaucoup les ben)
– Comment sont-elles habillées ?
– Avec des robes.
– De quelle couleur ?
– Verte et… euh bleu ?
– D’accord. Vous allez écrire ça.
– Et après ?
– Après vous imaginez l’image suivante. Et vous la décrivez. Et l’image encore après. Un mot après l’autre.
– Mais c’est super long !
– Oui. Et c’est comme ça que font presque tous les écrivains. Ils imaginent les images les unes après les autres, les écrivent, et nous font croire que c’est facile.
– C’est horrible comme métier ! Alors chaque page que vous nous faites lire, ils ont passé du temps comme ça à l’écrire ?
– Ben oui.
– Waw. Vous devriez le dire avant. Genre on se rend pas compte quand on lit, nous.”

Un point pour le labeur.

Laisser un commentaire