Samedi 16 novembre

Hier en partant, j’ai espéré très fort qu’il s’en aille.

Hier, Nils passait en conseil de discipline, pour insultes envers un adulte. Nils est ce que j’ai tendance à appeler un fragment de chaos. Je pense avoir rarement eu à faire à un élève aussi vif. Vivacité mêlée d’une grande culture et d’un fort charisme.

Seulement, Nils n’emploie ces qualités que j’admire par-dessus tout que pour asseoir son pouvoir, tant au collège que dans sa classe. Il fait partie des mômes que ses camarades regardent avant de faire une connerie pour voir s’ils la valident. Je l’ai déjà entendu donner le point de faible d’un adulte à ses potes : “Elle oublie souvent ses punitions ; il aime pas quand on le regarde par en parlant ; il suffit de pleurer avec elle.”
Nils vit dans un royaume dans lequel il se sent tout puissant. Et dont les adultes du collège ont été incapable de le déloger.

Alors oui. Je ne devrais pas, mais j’ai envie qu’il fiche le camp. Pour moi, avant tout, égoïstement, parce que je ne me sens pas en sécurité avec ce môme dans ma classe. Pour les autres gamins, aussi. Qui, à leur âge, méritent de construire leur individualité sans une présence aussi écrasante. Pour mes collègues.

Et enfin pour lui. Clairement, nous avons échoué. Et j’espère que ce n’est qu’un souci de compétence de notre part. Qu’ailleurs, on regardera ses bêtises avec recul et qu’on lui expliquera qu’il va vite falloir se calmer. Et qu’il le fera.

Mais j’en doute.

Nils a pris son conseil de discipline avec indifférence, et a commencé à faire des projets en fonction de son futur collège. Des élèves qu’il connaît là-bas, et des conflits dont il a entendu parler.

Mon éthique se défend avec toute la virulence de certains électeurs de Levallois-Perret  se défendent contre les preuve de corruption de Balkany : elle n’admettra jamais que certains élèves sont fondamentalement malveillants.

Mais parfois, ça n’est pas évident.

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