
Fin de journée : je sors de sept heures de cours, deux gamins se sont battus pendant un cours (ça s’est terminé sur la plus belle gifle que j’ai jamais vue de ma vie), une alerte incendie s’est déclenchée, et une élève m’a menacée de venir “tuer ma religion” (Cthulhu attend donc patiemment son challenger).
Malgré cela, j’ai à apprendre aux troisièmes Glee la concordance des temps au style indirect et le fait que oui, un groupe infinitif peut parfaitement être sujet.
Il est 16h56, je suis rincé, eux aussi. Il reste neuf minutes et nous tombons sur une référence à Andromaque :
“Qui c’est, déjà, Andromaque, monsieur ?
– Un personnage de la Guerre de Troie. Vous vous rappelez de la Guerre de Troie ?”
Ils échangent un regard. Normalement, ils connaissent tous la Guerre de Troie, je leur en ai parlé en sixième.
“Ouuuuu… Non. Non plus vraiment.
– On a oublié en fait.
– Moi je crois que j’étais pas là quand on en a parlé en cours.”
J’hésite. Et puis je fais semblant de croire. Parce que ça m’a manqué aussi.
“La Guerre de Troie, ça commence avec Eris, la déesse de la discorde. Elle, son truc, c’est quand tout le monde se dispute. Et ce jour-là, elle a l’idée du millénaire…”
Les gamins sourient, et écoutent das un grand silence apaisé. Je les retrouve. Je les retrouve enfin. Les grands mômes torturés, devenus hargneux quittent leur mine blasée, totalement. Ils redeviennent les mômes que j’ai quitté en cinquième. Plus grand, le regard et les commentaires plus acérés. Et les rires, pendant que je mine une Aphrodite obsédée par la victoire et un Achille boudeur sont heureux.
Ils connaissent déjà l’histoire, ils l’avaient déjà entendue. Peu importe. Ce soir nous nous saluons à nouveau. Ce soir, nous reforgeons notre mythologie.