Vendredi 27 décembre

C’est un compliment qui revient souvent – et que j’accueille avec un gloussement d’écolière d’anime japonais – “dis donc, quand tu seras sorti d’Ylisse, t’auras jamais plus aucun problème avec les élèves !”

J’aimerais beaucoup que les choses se passent ainsi, et que les six années que j’ai passées à Ylisse m’aient transformé en un Luke Skywalker pédagogique, qui fait face aux mômes avec le calme et la sagesse héritées d’un long séjour dans l’équivalent éducatif de la planète Dagobah.

Mais bien entendu, les choses ne seront pas aussi simples.

Car si j’ai développé certains savoir-faire qui me serviront indubitablement (comme par exemple convaincre Hilda qu’on ne retourne pas – littéralement – un élève parce qu’on soupçonne qu’il dissimule du shit dans ses poches), mon séjour en REP+ me laissera totalement démuni face à d’autres situations

Comme, notamment, les relations avec les parents d’élèves.

En effet, à Ylisse, les parents soutiennent presque inconditionnellement les enseignants. J’ignore s’il s’agit d’une tradition, que le milieu socio-culturel s’y prête ou qu’une coïncidence astrale est à l’œuvre, mais je n’ai presque jamais vu mes méthodes ou mes façons de faire mises en doute. Je n’ai jamais eu à me justifier.

De la même façon, et même si j’ai régulièrement l’occasion de m’en plaindre, la direction est relativement arrangeante lors de retards, de congés maladies ou d’imprévus. Je me suis rarement trouvé dans l’obligation de négocier parce qu’une urgence me forçait à quitter le bahut un peu plus tôt.

Je le répète à l’envi dans ces billets : le métier d’enseignant est multiple. Et je me demande si ce que j’ai appris à Ylisse est transposable ailleurs.
Étrange évolution : c’est maintenant que j’ai tracé mon sillon que je me sens néophyte.

Laisser un commentaire