Samedi 28 décembre

“J’aurais adoré étudier ça, quand j’étais collégien !”

Une autre des phrases qui revient souvent. J’ai parlé d’un bouquin cher à mon interlocuteur, je le vois qui s’épanouit, en un sourire. Et presque dans le même souffle, elle ou il ajoutera :

“Alors que nous, en quatrième, on s’est tapé Maupassant / Cohen / Zola…”

Le regret rétrospectif, de ce qui aurait pu être. Si j’avais découvert les aventures de Bilbo en cinquième, ou Emma Bovary au lycée, ma scolarité, ou ma vie, qui sait, aurait été changée.

Ils sont nombreux ces élèves fantômes, transformés par la bonne rencontre, au bon moment. Longtemps, ils m’ont brisé le cœur.

Mais ils ne sont que cela. Des fantômes.

Prof de français, c’est presque à devenir fou, de se dire qu’on dressera un môme contre la lecture en choisissant mal un texte à étudier en cours.
La seule solution que j’ai trouvée, c’est de défendre les livres que je fais lire, jusqu’au bout.

En faisant de mon mieux, en les aimant et en me servant de tous mes outils théoriques, de tous les trucs inventés au cours de mes années de boulot pour en dévoiler la beauté au élèves. En ne choisissant jamais une œuvre “parce qu’il faut”. En étant toujours, toujours convaincu par elle. Comme le font presque tous les collègues à qui j’ai eu l’occasion de parler.

Il y aura peut-être, forcément, pour les gamins, des rendez-vous manqués avec des auteurs qui leur auraient énormément apporté. Mais l’une de nos tâches à nous, les profs de français, c’est de faire en sorte qu’ils puissent, plus tard, dans les études ou dans leur vie, arriver prêt pour le grand rendez-vous littéraire, qui changera leur vie à tout jamais.

Laisser un commentaire