Vendredi 3 janvier

Suite des corrections du brevet blanc : aujourd’hui, rédaction.

J’adore donner des rédactions aux élèves, en classe. C’est un travail long, complexe, qui ouvre tant de perspectives : j’invite certains à réfléchir sur la cohérence de leurs idées, d’autre sur le point de vue qu’ils vont adopter, et d’autres, tout “simplement” à ce que c’est de raconter une histoire.

Malgré tout, il y a un truc bizarre avec la rédaction. Une sorte de défiance.

“Bien sûr, on ne veut pas que vous deveniez écrivains.” Phrase que j’ai entendue presque chaque année, et que, lors de mon entrée dans le métier, j’ai moi aussi formulée, par mimétisme. Parce qu’elle est censée rassurée. Elle est censée mettre au travail ceux qui sont paralysés par l’exercice.

Avec le recul, je commence à l’identifier comme l’une de ces phrases qui font du mal. Parce qu’au fond, on leur dit quoi, aux élèves, quand on leur dire qu’on ne veut pas qu’ils soient écrivains ? Que c’est compliqué ? Que c’est un truc tellement élitiste qu’il faudrait être un peu dingue pour le leur demander ? Que c’est une profession et qu’on ne veut pas les forcer à passer le diplôme d’écrivain, après lequel on n’a plus le droit de rien faire ? C’est étrange.
Je n’entends jamais de profs dire qu’on ne veut pas que les élèves soient des lecteurs “bien sûr”.

De plus en plus souvent, au brevet, la rédaction est le moment de l’abandon. De l’épreuve et au sommeil. Trois, quatre par salle, ils posent leur stylo et leur tête dans les bras. Trois lignes, au mieux. “C’est trop compliqué.” disent-ils souvent quand on les invite à reprendre. Et puis, de toutes façons, ils ne sont pas écrivains.

Alors depuis quelques années, j’essaye de leur dire que si, j’aimerais qu’ils soient un peu écrivains. Écrivains, c’est à dire avoir la possibilité de mettre en mots ce qu’ils ont dans la tête. De le coucher sur le papier pour le garder. Ou, pourquoi pas, pour le comparer à la façon dont ça a jailli de leurs pensées à celle dont la main l’a retranscrite.

Je pense que ce ne serait pas si mal que ça, un monde d’écrivains. Un monde de gens qui auraient les mots, qui n’auraient plus la peur, et pourraient arranger sur le papier ou l’écran, les mondes qu’ils ont en tête.

Ce serait presque un projet de société.

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