
Condamné à patienter trois heures durant pour une énième réunion au bahut, je décide de mener une expédition gâteaux et viennoiseries à la boulangerie du coin. Boulangerie dont les propriétaires doivent suivre d’un œil inquiet les résultats des mutations vu la partie non-négligeable du chiffre d’affaire que doivent représenter des profs en manque de sucre.
“Monsieeeeeur !”
Hilda est en train de discuter avec des copines devant les grilles du collège : l’éternel paradoxe des mômes qui semblent vouloir fuir le bahut dès que la sonnerie retentit et qu’on retrouve, douze secondes plus tard, en train de zoner devant.
Hilda, donc, qui se précipite à mes côtés, pour m’abriter sous son parapluie, sous l’œil mi-amusé mi-envieux d’A., la collègue d’anglais, dont les boucles blondes mériteraient davantage d’être préservées du crachin que mes quelques poils survivants. Hilda n’en n’a cure, et m’accompagne, somptueusement indifférente aux moqueries de ses potes. N’importe qui en profiterait pour fayotter, mais elle m’explique, sans la moindre dissimulation, qu’elle n’a pas prévu de réviser pour son devoir de demain.
Je me dis que ça résume totalement Hilda. Paumée dans sa scolarité, hurlant quand elle est frustrée – souvent – mais essayant de toutes ses forces de bien faire. Elle ne comprend pas pourquoi je lui fais la conversation – “je vous tiens juste le parapluie.” – mais elle m’accompagnera jusqu’au portail.
Comme ça.