
Une partie des professeurs principaux de quatrième et de troisième ont été invités à visiter les lycées professionnels tout autour du collège, et je fais partie des heureux élus.
Enseignant dans un bahut ou près de la moitié des élèves part dans cette voie après le brevet et a souvent des questions très concrètes quant à ce qui les attend (”Mais comment ça se passe VRAIMENT, une journée de cours là-bas ?”), nous partons à la recherches d’informations.
Et tandis que nous visitons un établissement enseignant la conception de système numérique, la maroquinerie ou les services à la personne, nous tombons, au détour d’une salle, sur d’anciens élèves. Plus grands. Parfois en bleu de travail ou en plein examen. Qui nous voient arriver, les yeux ronds, avant de nous lâcher un petit sourire, et de se remettre au travail. Ils vont bien, nous expliquent leurs enseignants.
Ils ont traversé le collège. Les classes à vingt-six et la difficulté de trouver du sens à tout ce qu’on leur enseigne. Moment de jalousie quand je les vois dans des classes de douze élèves, à s’entraîner sur du matériel de pointe. “Bien sûr qu’ils vont bien, regarde les conditions d’apprentissage !”
Mais ce serait trop facile. Je ne vois ici que ceux qui ont eu une orientation heureuse. Et ceux qui, pour l’avoir, sont justement passés par le collège.
“Nous enseignons au pire moment de l’adolescence.” m’écrit T. par SMS lorsque je lui relate ma journée.
Très probablement. Et sans les moyens adéquats, que ce soit au niveau du temps, des finances ou de l’espace.
Continuer à exiger de meilleures conditions de travail, parce que les bases que nous donnons sont primordiales : elles amènent à ce genre de moment où, lycéens, ils apprennent avec le sourire. Dénoncer le peu de considération apportée aux collégiens, sans cesse.
Mais continuer, aussi à aimer ce métier, cet endroit critique de l’adolescence.
Drôle de corde raide.