
Toute ma scolarité, j’ai retrouvé ce critère sur mes rédactions : “originalité”.
“C’est ce qui sépare les bonnes copies des copies vraiment intéressantes.”
“C’est ma liberté de prof de donner un bonus à ce que j’ai vraiment aimé.”
“C’est pour ceux qui sont vraiment bons en français.”
En 2020, devant des enseignants formés à l’explicitation des consignes et à l’équité avant tout, cette partie de la note ferait sourire ou pousser des cris d’orfraie. Comment a-t-on pu être aussi subjectif ? Comment a-t-on pu être si peu rigoureux dans la notation ?
Lors des réunions entre collègues, il arrive souvent – en particulier à la fin de l’année – que les visions s’affrontent : les dinosaures contre les jeunots. Ceux qui s’offusquent de la ringardise de certaines méthodes, ceux qui se gaussent de l’inexpérience.
“On est toujours le ringard de quelqu’un”, me soufflait Monsieur Vivi il y a quelques mois, quand une collègue aux méthodes particulièrement innovantes a été regardée avec un peu de condescendance par une nouvelle arrivante, qui lui a expliqué comment construire une séquence par compétences à partir de l’évaluation finale.
Et je ne peux m’empêcher, maintenant que je suis un vieux con, d’observer la mutation permanente et frénétique des critères d’évaluation, des idées défendues, des “invariants” que l’on nous demande de mettre en place, parce que, cette année, il a été décrété que les élèves qui ne comprendront pas parfaitement des consignes en sixième seront condamnés à échouer, ou qu’il est impératif que tous maîtrisent la chronologie, car tout dépend de cela.
J’ignore où s’arrête la bonne foi et où commencent les postures de ceux qui nous dirigent, dans ce maelstrom de priorités, de critères toujours renouvelés.
Et de me demander ce que les élèves peuvent bien piper à tout cela.