
J’ai passé énormément de temps sur ces copies, pendant les vacances. Une courte rédaction d’à peine une page par les quatrièmes Avaltout.
Habituellement, je ne corrige pas l’intégralité des erreurs. Je cible. En précisant qu’il reste des choses à revoir, mais que cette fois-ci, on voyait surtout la conjugaison, l’accord du participe, ou de la subordonnée.
Cette fois-ci, j’ai tout souligné. Dans des codes couleurs différents, en fonction des problèmes repérés. J’ai tout expliqué.
Comme à l’habitude, ils saisissent leur copie, jette un œil sur la note, échangent une blague avec leurs potes et la glissent, déjà en accordéon, dans…
“Attendez, attendez, attendez.”
Ils lèvent un regard surpris vers moi.
“On va essayer quelque chose de différent, aujourd’hui. On va tenter de corriger vos devoirs.”
Chorus de protestations. Je croise les bras, attends que ça passe.
“On a une heure. Vous avez des dictionnaires, vous pouvez travailler seul ou à deux, je vous ai tout expliqué dans vos copies. Je voudrais que vous ayiez une rédaction impeccable.
– Bah c’est pas possible ! brame Fitir en tapant sur sa table.
– Essayez. De toutes façons c’est évalué.”
Oui, bon, celle-là était un peu lâche, mais fait gagner du temps. En grognant, tous retournent à leur copie mutilée de mes incisions violettes, vertes, rouges et noires. Et ils commencent, toujours bougonnant, un travail de reconstruction.
“Monsieur, m.d c’est quoi, déjà ?
– Mal dit. Il y a un souci dans la syntaxe.
– Ah oui. Et du coup, c’est pas l’orthographe que je dois corriger.
– Voilà.”
Tout doucement, quelque chose commence à émerger sous les traits. Je passe dans les rangs, interdit que l’on commence à recopier tant que je n’ai pas validé l’intégralité du texte. Ou certains de mes lieutenants, des élèves, pas forcément les plus performants, mais quelques-uns, qui parviennent à concentrer leur attention sur des détails précis.
J’insiste à nouveau, pour des vétilles. Souligner. Non. La règle. Ils sont à nouveau tous petits, et pourtant, je me dis que quelque chose est peut-être en train de se jouer.
L’heure se termine et à quelques exceptions que je traiterai plus tard, tous, même les plus rétifs, ont devant eux un texte propre, écrit au cordeau.
“En vrai ça rend super bien, souffle Ferdinand en déployant son mètre quatre-vingt, courbé depuis trop longtemps.
– J’avoue, vous l’abîmez pas en la corrigeant, monsieur, hein ? Je suis trop fière ! complète Emeralda.”
J’évite d’épiloguer sur ce qu’il vient de se passer. Je le ferai en leur rendant ces copies. Mais me dis que, peut-être, en rendant ces A4 quadrillés un peu plus précieux, on arrivera à cultiver un peu d’attention.