
Les 4èmes Avaltout ont un problème de concentration.
Cette phrase est devenue un cliché depuis 1954, elle n’en n’est pas moins vraie. Je pense que tous les collégiens ont des problèmes de concentration : à de très rares exception près, l’école n’est pas au centre de leurs préoccupations, et nombreuses sont les raisons de ne pas être totalement présents à ce qu’ils font.
Mais, dans cette classe, les variation de l’attention atteignent une amplitude à en faire pâlir d’envie des températures sur Mercure.
“Mais monsieur, pourquoi vous nous grondez, avec vous on s’in-té-resse !”
C’est leur défense, invariable. Alors oui, ils s’intéressent. Au point de poser des questions en pleine dictée sur un point de cours abordé il y a deux mois (”Mais Mathilde Loisel, elle aurait pas pu juste dire la vérité dans “La Parure” ?”), de se lever pour aller écrire un mot au tableau (”Vous avez vu monsieur, hier je me suis entraînée, et je sais écrire “nauséabond” ! C’est pas facile pourtant !”) ou juste ouvrir leur manuel à une page au hasard pour commencer à la déchiffrer. (”Monsieeeeur c’est qui Baudelaire ?”)
Je me fais parfois la sensation d’être prof d’archerie, et d’avoir des élèves qui tirent des flèches dans tous les sens, en notamment dans le genou du voisin (”Maaaais tais-toooooi, j’essaye de travailler !”)
Et c’est ce qui rend cette classe aussi complexe. Expliquer le besoin de savoir concentrer son attention, les bienfaits de la rigueur est extrêmement subtil, complexe. Et surtout nécessite, justement, de la concentration. Alors il faut y aller à tous petits pas. Quelques exercices simples de mémoire, une lecture à haute voix pour les détendre, des consignes extrêmement précises pour ne pas laisser de place à un fatras de questions.
“Mais ils sont en fin de quatrième, bon sang !”
Toujours cette petite voix, qui me dit que c’est alarmant, que c’est foutu, que c’est grave.
Mais, à part avancer à petits pas, j’ignore que faire.