Samedi 29 février

Rédaction des bulletins du deuxième trimestre ; et systématiquement la même impression : celle que tout est joué.

Il y a toujours ce moment, que ce soit avec mes classes, quand je lis un bouquin ou que je joue à un jeu vidéo, où je sens que les choses sont devenues inéluctables. Je sais que je vais battre ce boss de fin de niveau, j’ai compris sa façon d’attaquer et je suis assez puissant ; ce bouquin est réussi, il n’y a plus rien qui puisse déconner.

C’est la même chose pour les classes. La quatrième Dracaufeu est sauvée, ou presque. Cette classe de bric et de broc, foutraque en diable, composée de gamins aux niveaux scolaires très faibles, avec trois élèves à profil ULIS et deux UPE2A (non francophones, donc), s’est vraiment mise dans une posture de travail. Les stratégies permanentes d’évitement ont cessé. Ils ont accepté qu’ils viennent pour apprendre des trucs, que ça peut bien se passer. Et, désormais, nous nous retrouvons avec bonheur ; à chaque cours.

Miroir inversé, je sais que ce ne sera pas le cas pour les quatrièmes Avaltout. Lors de ma dernière intervention face à eux (suite au fait que deux d’entre eux se sont castagnés en plein cours d’espagnol, et que le reste de la classe s’est changée en une arène romaine), je me suis heurté à un déni total : ils n’ont rien à se reprocher, les adultes sont là uniquement pour leur faire du mal. Rien n’y fait. Et les efforts consentis par leurs CPE et enseignants passent à la trappe. Rien ou presque ne bouge depuis le début de l’année.

Sauf peut-être Lelio, qui a cessé de manger les murs et remet désormais soigneusement son cahier à jour. Ou Lysandra, qui ose désormais parler aux adultes, et règle doucement des traumatismes vécus depuis l’école primaire. C’est certes énorme. Mais tout de même. Toute de même, impression de gâchis. Pourquoi la rencontre ne s’est-elle pas faite, quand ces gamins sont tout aussi futés, éveillés et intelligents que leurs comparses, que je verrai une heure plus tard.

Après onze ans, c’est encore une souffrance que je ne parviens pas à panser : l’arbitraire.

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