
Peut-être.
Peut-être cet élève qui passe son temps à enquiquiner les autres est-il haut potentiel, et souffre-t-il d’une intelligence trop grande pour son âge ; ou peut-être a-t-il juste besoin d’être remarqué.
Peut-être celle-là, qui est dans l’agressivité permanente, a-t-elle d’énorme problèmes chez elle, sur lesquels il faudrait rapidement se pencher ; ou peut-être est-elle mal lunée, et l’année prochaine vous dira qu’elle était en colère, sans savoir pourquoi, et que ses parents l’ont doucement apaisée.
Peut-être celui-ci est-il dans une stratégie d’évitement qui signale une phobie scolaire ; ou juste t’a-t-il dans le pif.
Peut-être est-ce une pathologie ou une passade, un handicap ou une envie de parler, un besoin ou une envie.
Plus j’avance dans le métier, plus les méandres du cerveau, notamment adolescent, sont explorés. Et, je me l’avoue parfois, je préférerais peut-être qu’il soit possible de se dire uniquement que les collégiens sont des êtres capricieux. Ou que chacun est unique et qu’un obstacle précis l’empêche de déployer pleinement ses ailes.
Mais la vérité est tellement plus complexe. Et pénible.
En tant qu’adulte du monde de l’éducation : ne jamais tomber dans les simplifications, qui peuvent blesser terriblement, ou dans la complaisance, qui peut les détruire. Sans formation, sans autres connaissances que celles glanées ici et là, souvent au détour d’une erreur ou d’un reproche, apprendre à rester vigilant aux signaux que nous envoient les ados, et les hiérarchiser, anecdotiques ou inquiétants.
Avoir des dizaines de mômes en responsabilité au fil du temps nécessiterait d’avoir une fine formation sur les comportements humains. Mais, évidemment, il n’y a pas le temps. L’argent. Les moyens. Alors on fait comme on peut.
Et parfois on touche juste. On parle à un élève et on débloque quelque chose qui le faisait suffoquer depuis des années.
Et d’autre fois, plus souvent hélas, on blesse.