Mercredi 4 mars

Même si je déteste Nate Fisher à peu près autant que mon Ministre actuel, je le trouve terriblement émouvant lorsque, à la fin de Six Feet Under, il souffle à sa sœur Claire, qu’elle ne peut pas prendre en photo le moment qu’elle a sous les yeux. Que le moment est déjà passé.

J’ai reçu aujourd’hui la confirmation que je pourrai partir enseigner en Bretagne, l’année prochaine.

On m’a demandé si j’étais heureux. Aussi bizarre que cela puisse paraître, je crois que la réponse la plus honnête serait “pas encore”. Le temps du bonheur viendra.

Pour le moment, c’est comme un livre, dont les mots seraient attirés au centre, se concentreraient au point de devenir illisibles, même si toute l’histoire est là. L’histoire de ce CAPES, passé n’importe comment, sur un coup de tête, en candidat libre. L’histoire de ce départ dans la Sarthe, puis en région parisienne. L’histoire de cette attente devenue foyer, de ces collèges, de mes doutes à un jour devenir un enseignant potable. L’histoire d’élèves, d’adultes, l’histoire d’amis. L’histoire de musique, et de mots.

Pour le moment, c’est voir ces instants qui tournoient les uns contre les autres. J’ai fait un choix, vraiment, et il a été accepté.

J’avais perdu l’habitude.

Que seront ces instants qui, pendant quatre mois encore, vont continuer à être ma vie ? Est-ce que lorsque j’y repenserai, dans cinq, six, sept ans, il s’agira d’une parenthèse, d’un moment fondateur, ou juste du fil ininterrompu des accidents que j’appelle ma vie ?

Aujourd’hui, je déverse toute la nostalgie dont je suis capable sur la lumière de la ville ou j’habite et les murs des cités où j’enseigne.

Parce que, quoi qu’il arrive, le fil continue à se dérouler.

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