
Le dénivelé.
Comme en course à pieds, c’est, dans l’enseignement, ce qui m’épuise le plus. L’amplitude dans la perception du monde qu’on les élèves.
Cet après-midi, en quatrième Avaltout, je me rends compte, avec joie, que la plupart des élèves ont saisi le concept d’ironie, dans le dialogue entre le Comte et Don Diègue, dans le Cid. Et puis, Dorothea lève la main :
“Monsieur, Le Cid ça a été écrit quand ?
– Je vous l’ai dit. Quelqu’un se souvient ?
– En 1637 non ?
– Ouaaah ! Genre c’était au XXe siècle.
– Euh non. Au XVIIe.
– Mais je comprends pas ! C’était combien de temps.
– Quatre-cents ans à peu près.
– Mais c’est impossible ! Le monde il existe que depuis 2020 jours !”
Et c’est ainsi tous les jours. Nous passons notre temps à naviguer des terminaisons du participe passé à l’apprentissage de la lecture de l’heure, de rédaction de textes argumentatifs à l’explication de l’emploi d’une table des matières.
Je n’ai pas la naïveté de croire que les connaissances des élèves se construisent de manière logique. Toutefois, lorsque je me retrouve à expliquer que Corneille n’était pas vraiment un oiseau, la tête me tourne.
Il serait facile de taxer ces mômes d’imbécillité. Il n’en n’est rien. Il leur manque, pour des raisons que je ne parviens pas à m’expliquer, des pans entiers de réalité qui nous semble, à nous enseignants, aller de soi.
Et de me demander quelle pertinence a mon explication de texte de Victor Hugo face à ces mômes, souvent avides d’apprendre, mais dont les piliers sont tellement instables.