
J’ai tendance à être beaucoup moins carré dans mes activités quand j’étudie Antigone. C’est sans doute un tort, sans doute une erreur que je fais quand j’aime énormément une œuvre écrite. J’ai tendance à penser que les mots suffisent.
Et parfois oui, ça fonctionne.
Je n’ai rien d’autre qu’un bête tableau à remplir et le dialogue entre Ismène et Antigone, pour cette séance avec les troisièmes Etourvol, dont la passivité m’inquiète terriblement. Je développe un propos relativement complexe, dans un cours hyper magistral.
Et pourtant ça fonctionne.
Pas parfaitement, pas idéalement. Mais les mômes suivent. Durant une heure, j’oublie de culpabiliser, j’oublie de me dire que c’est sans doute trop descendant, j’oublie de craindre que ce soit trop complexe. Deux gamines d’une mauvaise volonté terrible s’attelleront aux tirades des deux sœurs et le cours fonctionnera.
Ce week-end, ma prof de théâtre est revenue sur l’une de ses phrases fétiches : “les mots seront toujours plus grands que nous.”
Aujourd’hui, ce sont les mots qui ont fait cours. Pas moi.