Mardi 10 mars

Le hasard s’amuse…

Quelques jours après avoir appris que je quitterai le bahut l’année prochaine, des anciens élèves viennent visiter leur ancien établissement pour dispenser leur sagesse… Parce que bon, si les troisièmes ne daignent pas écouter leurs professeurs qui les supplient de réviser un peu de temps en temps quand même, peut-être le feront-ils si ce sont des camarades qui le leur dise (spoiler : non plus. Les secondes et les premières sont de vieux ringards, qui n’y connaissent rien).

C’est donc une ribambelle de sept jeunes filles, six d’entre elles à qui j’ai enseigné, qui entrent dans la classe et commencent à dispenser leurs conseils.

“Monsieur, vous avez pas tellement pas trop trop vieilli en vrai !”

Vu son émettrice, je prends le compliment pour ce qu’il est : quelque chose d’extrêmement précieux. Je souris et les observe : elles se sont redressées, comme tous ceux qui entrent au lycée, leur langage s’est délié et leurs regards affûtés. Quel que soit leur parcours, elles portent dans leurs mouvements quelque chose de puissant. Des filles du feu, de l’air ou de la terre. Elles sont à cet âge où le temps fait tous les cadeaux, où leur intelligence flamboie. Six lycéennes heureuses, qui, lorsque l’heure s’achèvent, échangent quelques mots avec moi avant de s’en aller sans le moindre regret.

L’idéal.

L’idéal, couronné, quand Arès s’approche de moi. Et me parle, lui aussi, de son avenir, une fois la troisième terminé. Son parcours de vie, tellement compliqué, tellement accidenté, s’achève. L’année prochaine, il pourra choisir d’aller où il le souhaite, plutôt que de s’arrêter dans une famille d’accueil ou un foyer. Il me demande des conseils quant à l’éventualité d’étudier dans un lycée avec internat. Sa voix achève sa mue, sa silhouette, un peu alourdie, se pose. Et il me regarde dans les yeux.

Ma contribution au parcours de ces jeunes gens est dérisoire. Ce n’est pas ça qui importe.

Ce qui importe c’est que j’ai pu, pendant un moment, être à leurs côtés.

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