Lundi 30 mars

Tout va tellement vite dans ce confinement. Nous nous parlons au téléphone avec Lady T. et constatons, déjà, qu’une fois l’effet de nouveauté des nouveaux outils passés, nombre d’élèves commencent à décrocher. Constatent que nous ne sommes pas omniscient, et que nous ne pouvons les contraindre à suivre ces morceaux de cours mis à leur disposition. L’amertume danse avec l’évidence : les enseignants ne deviendront jamais des voix derrière des ordinateurs, le contact est essentiel. Y avait-il besoin qu’une pandémie nous rappelle cela ? Probablement que non. Mais la situation est là.

Que faire ? Multiplier les exercices, en espérant que chacun y trouve son compte ? Mais alors, ne risquons-nous pas de les étouffer ? Téléphoner à tour de bras, au risque de s’épuiser, et de voir ce mode de communication perdre de sa puissance ? En appeler à des parents stressés par leur situation personnelle et professionnelle ? Qui sait ?

Encore une fois, il nous faut inventer. Non seulement pour transmettre, mais pour convaincre les élèves, cette fois littéralement, de nous suivre. Avec cette certitude que le temps joue contre nous. Nous sommes, personnels éducatifs et enseignants, dressés comme nous pouvons pour maintenir un système scolaire privé de ses structures, de sa temporalité, de ses outils. Nous n’avons plus que nos voix, et notre force de conviction. C’est peu, pour mener une telle bataille.

Nous la mènerons, ferons notre part, comme tous les corps de métier qui continuent à faire la leur. Tenir, contre le temps et l’exiguité.

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