Jeudi 2 avril

“Vous ne savez pas ce que c’est, notre vie.”

La phrase est sortie – a échappé, on peut dire – à Lana, élève studieuse et sympathique de quatrième Avaltout. Nous sommes en pleine vie de classe, nous faisons le point sur ces deux semaines de cours à distance, et sur les vacances qui s’annoncent.

Le français de Lana n’est pas parfait. Il achoppe quelques tournures imparfaites, et surtout une impossibilité à prendre des détours pour exprimer sa pensée. Aujourd’hui, ce n’est peut-être pas plus mal. Je n’interviens pas, je la laisse continuer. Derrière le micro, la voix résonne à nouveau, un peu plus froide qu’à l’accoutumée.

“Je crois que j’ai compris un truc avec l’école, en vrai, c’est qu’on est tous là, comme ça derrière nos tables, et on s’en fiche si on a des problèmes à la maisons ou avec nos familles. Et genre j’aime bien ça *un pouce se lève dans le chat textuel à côté.* Mais là, avec le confinement, vous savez pas, tout ce qu’on a à faire à la maison. On peut pas être au travail à 8h30, hein, demandez à nos parents.”

Il y aurait – il y a eu – tant de choses à dire à ce sujet. Mais sans basculer dans le misérabilisme, je me dis qu’au retour en classe, il y aura ça, à défendre et préserver plus que jamais : l’école, c’est le lieu où l’on s’en fiche, d’un certain genre de problèmes.

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