Jeudi 16 avril

C’était l’une des activités que j’avais proposé aux élèves durant les vacances : lire quelques phrases de textes qui leur apparaissaient complexes. Emily Brontë, Racine, Camus, Mme de Sévigné, Balzac, Mme de La Fayette.

Trois ou quatre lignes, énormément d’indications. Sur les possibilités d’interprétations, les accentuations, les intentions à mettre dans le texte. Un exercice directement inspiré de mes cours de théâtre, et que j’ai proposé histoire qu’on “entende plus nos voix”, comme l’avait proposé Lyndis, peu de temps avant les vacances.

Depuis quelques jours, dans ma boîte mail, arrive ces rubans sonores. Bérénice succède à Gervaise, qui cède le pas à Rodrigue, à la poursuite de Charles Dexter Ward. Et derrière, il y a Ethlyn, qui fait souvent tomber sa trousse, Alec, qui déteste la conjugaison, Ilya, qui parle rarement à plus de huit décibels. J’écoute les costumes de voix qu’ils ont revêtus. Je retrouve leurs tics, mais je distingue aussi quelque chose de plus profond. Peut-être est-ce parce que cette période nous change tous, et eux surtout, peut-être est-ce juste le fait qu’ils me manquent. Mais ça serre un peu la gorge.

“Faisons de petites œuvres très belles, pendant ce confinement. Parce qu’on a besoin de simple et de beau.” C’était mon dernier conseil d’il y a deux semaines.

Parfois, ils comprennent parfaitement la consigne.

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