Lundi 27 avril

Journée passée à réparer. Réparer les accès internet des élèves, leurs identifiants, perdus pour la huitième fois, leurs devoirs tous pétés, auxquels il manque une page, deux, dont trois lignes de code se sont perdues sur le grand internet mondial.
Tricher avec ses propres principes, en reprogrammant le couperet informatique qui interdisait automatiquement la remise des copies après une certaine date, pour que trois derniers élèves puissent enfin rendre une activité.
Passer un temps infini au téléphone et sur messagerie avec cet élève insupportable, et lui parler le plus posément possible, pour reprendre avec lui, depuis le début, son cahier, et le remettre en ordre, parce que, pour une raison que je ne parviens pas à m’expliquer, sa maman a décidé de s’intéresser à sa scolarité depuis aujourd’hui, après ma deux-mille huit cent soixantième supplication.
Réparer sa classe, en tentant de récupérer, les uns après les autres les mômes qui sont passés à travers les mailles du filet. En demandant à l’un de ses potes de le contacter sur snapchat, en faisant appeler la CPE qu’elle apprécie plus que moi.
Terminer par une conversation avec Cheffe, qui tente désespérément de comprendre ce que l’on attend d’elle, et par là-même, ce qu’elle attend de ses collègues profs. Lui balancer gentiment deux ou trois plaisanteries après qu’elle se soit excusée de gueuler sur sa hiérarchie : “Je crois que j’ai besoin de me plaindre un peu, en ce moment.”

Rien n’est viable, en ces temps de confinement. Le monde de l’éducation, déjà tellement branlant, s’appuie sur ses fractures, qui s’élargissent de jour en jour. Et tout ce qu’il y a à faire, c’est d’y croire. En le défendant, en amenant les élèves et les adultes vers la meilleure sortie possible. En ne cessant de réparer. Parfois, le boulot de prof, c’est être un petit artisan. Demain ce sera le temps pour les grands discours, les colères et les prises de position.

Aujourd’hui, juste, réparer.

Laisser un commentaire