Mardi 28 avril

Avec les troisièmes, nous avons entamé l’étude d’”Inconnu à cette adresse”. J’ai beau faire, je ne parviens toujours pas à rendre le programme d’œuvres étudiées durant ce niveau un peu joyeuse.

“Du coup, je vais demander à Celica de commencer à lire… Votre micro fonctionne bien, non ?
– Oui, mais monsieur, vous pourriez lire, s’il vous plaît ?
– Oh oui, ça fait grave longtemps !
– oé, reprend en écho quelqu’un sur le chat (le confinement m’aura appris une nouvelle abréviation).”

C’est une situation qui arrive souvent en cours. De grands moments de lecture. Parce que les élèves ont besoin d’une pause. Parce qu’ils n’ont pas envie d’arpenter, l’un après l’autre, un texte inconnu.
Parce qu’ils veulent qu’on leur raconte une histoire.

Alors, devant mon écran, je parle. En essayant de m’appliquer sur les notes ouvertes, les finales et les préfinales, comme me l’a appris R., ma prof de théâtre. En accompagnant certains mouvements oratoires de mouvement de bras.

Pendant quarante minutes, ou presque, je lis. J’imagine que, à travers leurs écouteurs, certains se laissent bercer. Où qu’ils remportent glorieusement leur douzième partie de Fortnite de la journée. Et je finis par reprendre mon souffle.

“C’était bien. On imaginait trop les gens, en écoutant. Et vous aussi monsieur, vous savez, vous marchez tout le temps quand vous racontez !
– Oé.
– Y en aura d’autres, des histoires avant la fin ?
– La fin ? C’est un peu dramatique, dit comme ça.
– Roh, vous moquez pas monsieur, vous savez ce que je veux dire !”

Oé. Oé je sais.

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