Mercredi 29 avril

Depuis qu’il est en sixième, Lars, gamin futé et curieux, lit Harry Potter. En boucle. Quand il a terminé le cycle, il le recommence. C’est un amour exclusif, il ne lit jamais rien d’autre.

Durant les deux années où j’ai été son prof de français, j’avoue avoir tout essayé pour lui faire explorer au-delà des murs de Poudlard. En lui parlant en termes passionnés d’autres bouquins, d’autres cycles de mondes magiques, d’autres genre totalement différents. Je lui ai demandé de me faire des fiches de lecture. Lui ai proposé des listes de films tirés de bouquins passionnants. Tout cela a été accueilli par un respectueux dédain. Le même que celui que Lars opposait à son père. “Je ne comprends pas, il refuse de toucher à quoi que ce soit d’autre qu’à son Harry Potter.”

Au début de l’année 2020, j’ai changé de tactique. J’ai arrêté d’argumenter. Mais à chaque cours, j’ai déposé sur le bureau de Lars un bouquin.

“C’est pour moi monsieur ? Désolé, je suis en plein dans L’ordre du Phoenix.
– Ah oui, j’ai trouvé le changement de tempérament d’Harry insupportable dans celui-là. Mais l’histoire était bonne.
– Pourquoi vous me donnez ce livre alors ?
– Pour rien.”

Il est parti à chaque heure en laissant le bouquin sur la table. Et l’autre jour, alors qu’il est le premier à arriver en classe virtuelle, nous papotons.

“Oh, monsieur, j’ai trouvé sur internet La Belgariade. J’ai commencé à lire, c’est trop bien !
– Tiens ? Qu’est-ce qui vous a lancé dedans ?
– Je sais pas, vous aviez mis le livre sur ma table une fois, et j’avais bien aimé la couverture. J’y ai repensé l’autre jour, je m’ennuyais et… voilà.”

Et voilà.

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