Mercredi 6 mai

Quand Lys est arrivée en sixième, elle faisait partie de ces élèves dont leurs camarades rigolent : “De toutes façons elle comprend rien.”

Ils n’avaient pas tout à fait tort. Lys passait son temps à rouler des yeux affolés, traduisant ses difficultés. Le genre de difficultés avec lesquelles des élèves se débattent toute leur scolarité.

Monsieur Vivi a sauvé Lys, un jour. “Vous avez le droit de comprendre, et de poser des questions. Un professeur vous doit des explications.”
Lys a pris ce conseil à cœur. Et depuis, pose des questions. Inlassablement. Jusqu’à ce que tout implicite soit levé. Ignorant les soupirs d’exaspération de ceux qui ont déjà pigé.

Aujourd’hui, elle envoie un message à ses profs. Dans son style. Sans vraiment de formule de politesse, avec des phrases qui s’empilent dans tous les sens. Lys voudrait d’autres cours virtuels. Elle sait qu’on essaye de se limiter, pour ne pas désavantager ceux qui ne disposent pas d’ordinateur, pour ne pas les scotcher, six heures par jour à un écran de la taille de la paume de la main. Mais elle en a besoin ; et comme Monsieur Vivi le lui a appris, elle demande, elle exige presque.
En nous disant qu’elle a besoin de voix, qu’elle ne parvient pas à s’organiser seule, et à distance. Il y a beaucoup de tristesse, et d’affolement dans ce mail.

Lys en a besoin. Tandis que d’autres ont, justement, besoin qu’on ne multiplie pas les supports. D’autres qu’on leur téléphone, régulièrement. D’autres que ce soit avec leurs parents qu’on communique.

C’est le pire jeu du monde : on ne cesse de bouger es curseurs, d’adapter nos façons d’enseigner, depuis le début du confinement. Et tout ce qu’on apporte à certains mômes en dessert d’autres. Tous les jours on ajuste, tous les jours on se plante. Ou on réussit, un peu.

Et bien entendu, je ne me fais pas d’illusion. Ce que ce confinement met en évidence, c’est l’aporie de l’enseignement au quotidien.

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