
Cet après-midi, trois visages, sur l’écran de la classe virtuelle des quatrièmes Avaltout. An, A, et S. Respectivement pâtissière, auteur et ostéopathe. Je leur ai proposé de venir présenter leurs professions.
Les petits silhouettes mauves s’allument au fil des questions que se posent les mômes. Combien vous gagnez d’argent ? (la grande star) Est-ce que vous aimez ce que vous faites ? Est-ce vous pouvez changer si ça ne vous plaît plus ?
Le même genre de questions qu’ils auraient posé si ces trois adultes étaient venus en chair et en os. Les mêmes réactions. Et pendant que chacun prend la parole, je me dis qu’en réalité, nous aspirons tous exactement à la même chose : un retour à une vie normale. Rassurante. Celle que nous connaissons.
Les enfants veulent des cours, durant lesquels, parfois, s’ils ont été sages, on fait quelque chose de différent.
Sur les plateaux télé, des experts, plus ou moins auto-proclamés appellent à une reprise des cours sur place. Et dans les images qu’ils évoquent, on retrouve toujours les mêmes archétypes, du tableau noir au passage du bac. L’école qu’ils ont connu, qui les a formés, quoi qu’ils en racontent désormais.
Les enseignants espèrent revoir leurs élèves. Envisageant la souffrance de ce que seront des cours barrés de masques et frottés de gel hydroalcoolique.
Si le retour dans les écoles cristallise tellement de tensions, actuellement, c’est qu’elle est, comme peu d’autres lieux, un endroit de stabilité. Des tables, des chaises. Des enfants, des profs. Des devoirs, des sorties, des punitions. Et c’est insupportable, c’est totalement insupportable que ça ne redevienne pas comme cela. Comme si, si les mômes se retrouvaient cartable au dos, à passer les grilles des établissements scolaires, la vie retrouvait son cours. Tout cela n’aurait été qu’un mauvais rêve, tant qu’on écrit le cours à la fin de l’heure, c’est qu’il nous reste quelque chose d’immuable.
Moi aussi, je sacrifie à cette tradition. En disant bonjour à chaque élève qui arrive dans la classe, en insistant bien pour qu’ils écrivent “dans la partie cours du cahier”. En mettant des notes, qui ne comptent pas mais qui sont là, sagement à leur place, dans le petit cadre tracé à cet effet. En faisait venir An, A et S.
Jusqu’à ce que l’on comprenne comment faire repartir le monde, d’une façon ou d’une autre.