
L’année prochaine, je ne serai plus prof à Ylisse.
Et ce départ, petit à petit, fait ses racines, et s’infiltre sous le chemin que je parcoure avec les mômes. Il faudra que je pense à bien signaler les problèmes dans l’espace d’Ivan, parce que je ne pourrais pas en parler en salle des profs, avec ceux qui s’en occuperont.
Il ne faudra pas que j’oublie, comme cela m’arrive régulièrement, de ramener cet exemplaire du journal d’Anne Frank dans la pièce où l’on garde les séries de livres de français.
Ou que j’oublie de récupérer quelques travaux et manuels, que je garde dans notre réserve.
Il faudra aussi, avant que je parte, que je poste les lettres que les premiers élèves que j’ai eu dans ce collège se sont écrits à leur eux de dans dix ans. Bon, ce sera six ans, mais ça n’est quand même pas mal.
Les collègues discutent répartition, amendements au règlement intérieur, modification des horaires. Et je traverse ça, un peu plus immatériel qu’hier.
Je ne les sens pas tous les jours, ces racines, hein. Parce que quand il faut corriger le discours de Léo ou l’exercice de Naya, le sentimentalisme s’efface.
Mais quand même.
Petit à petit, la brume s’installe.